‹ Les Albanais et les grandes puissancesChapitre 3 sur 30 · Voir Albanesische Studien, Jena, 1834, I · texte numérisé non relu

Voir Albanesische Studien, Jena, 1834, I

que, à une langue propre, sa culture propre, son histoire, sa religion (que confesse du moins la majorité de la population), à un ferriloire national déterminé, a son éfat propre, ou l’a eu, du moins, dans le passé. Le signe principal d'une nation est la conscience nationale que le peuple entier a de lui-même, et le désir de vivre indépendant et intellectuellement et politiquement uni.

Si un ethnographe veut voir le véritable {ype albanais, il faut qu'il aille à Retch, Tchidna, Fanda, Pouljati, Nikaj et Mertour. Tous les autres quon appelle albanais, ne sont pas Albanais du tout, bien qu'ils parlent albanais. Ce sont des types slaves et romains, ce sont des Dardanes, des Scordisques, des Bessis, des Triballes slavisés ou romanisés. Le type arnaute est maigre et petit, il y a en lui quelque chose du tzigane, du phénicien‘. Et les : Albanais ne rappellent pas seulement les phéniciens, mais aussi les hommes primitifs qui dormaient sur les arbres, auxquels ils se tenaient par leur queue. Durant les siècles

1. Voir Yastrebow, Spomenik Srp. Kra!lj. Akademie, XLI, p. 334.

Tue. € \ = qui suivirent, où les hommes ne se servaient

plus de leur queue, celle-ci se rabougrit telle-

ment, que les hommes d'aujourd'hui n'en ont

plus qu'un petit reste dans les osselets de

J'ischion. Parmi les Albanais seuls, il paraît y

avoir eu encore des hommes à queue au Busiécle. M°v. Hahn {li c., p. 63) dit : «Il y en a de deux sortes, les uns avec des queues de chèvre, les autres avec de petites queues de cheval. Ceux qui en sont munis sont des hommes très robustes et particulièrement fortement bâtis; ce sont aussi d'excellents piétons. Il y a quelques années un pareil homme mourut, qui avait parcouru en un jour des espaces fabuleux. Pour de certaines besognes il était obligé de prendre en mains sa queue, pour ne pas la salir. »

Les Albanais du nord sont brachycéphales, ceux qui babitent le sud de Chkoumbi sont dolichocéphales. Donc, il y a même des différences anatomiques de race.

Les Albanais se sont tellement mèêlés à leurs

conquérants serbes et bulgares du vi au

xv° siècle, qu'ils n’ont pas pu conserver leur

type ethnique. Deux tiers de tous les noms de

lieu sont slaves encore aujourd’hui : Matka, Slava, Selce, 2enovo, Babia, Starovo, Kamenica, Novoselyé, Glina, Dolyani, Stanovo, Bistrica, Loucovo, Lesnica, Chtuka, Groza, Morava, Dolye, Yama, Yelica, Spilya, Lepoucha, Dousmani, Selichté, Boucovica, Sancobor, Vouksan (lekay), Drougomiré, /agora(s), Sokoli, Rougova, Detchani, Gralichté, Greben, Svetigrade, Ropoyani, Rondnicès, Zastané, Yezercé, Reka(thal), Vouk, Gyouro, Prokletyien, Livad(it)}, Predelec, Steguzené, Goussinyé, Popadia, Bregoumatya, Dobranca, Zadrima, Domendol, Baba, Bor, Satchi, Zagraya, Velipolyé, Ricava, Slap, Glougovik, Dougo, Polyé, Klinovo, Zagori, Nyivica, Souchitza, Pogonyani, Poyani, Lechnika, Dartché, Tchermenica, Koutcha, Krasnitchi, Boga, Nermany, Vila, Bouchterica, Kotchani, Douchay, Stoubya, Pretchay, Radohine, Brzeta, Rétchi, Chouma, Vadanya, Gomchic, Godeno, Goyani, Serbouna, Douchka, Douchi, Vaspas, Spadnite, etc. 1.

1. Extrait des journaux de voyages à travers l’Albanie des Autrichiens, Baron de Nopcsa, D' Steinmetz, D' Siebertz et du consul russe Yastrebow, etc.

Etienne Gaspari, qui a voyagé en Albanie à la fin du xv° siècle, trouve, dans l'évêché de Durazzo, les villages suivants : Bongari, Sélica, Rassiya, Dayici, Rada, Malekouti, Boubelica, Priyeka, Crmenica, Villa dei Schiavi, Berezi, Vrericha, Babounyi. Dans l’Albanie moyenne on trouve encore aujourd'hui les noms de lieu suivants : Strouga, Bachtovo, Golica, Gradichté, Nvyivica, Staraya, Leskoviëi, Hormovo, Lesbovo. Dans l’Albanie du Sud 177 de 1539 villages ont encore aujourd’hui des noms slaves!.

Dans les actes des archives vénitiens qui traitent d’affaires albanaises, on retrouve les noms suivants de notables albanais : Aleksije, Bogan, Kojatchine, fils du Radié Umoje, Pétar Bojtchine, le prêtre Bogan Zagorski, Gine Ljoubane, Marine Milosié, Radovane Slovenine, Stepane Miloutine, Doukadji Bondimirovié, Gjorge Vasié, Andrija Brajica, le prêtre Dimitrije Poboranine, Marouchine, Miloutine, Desko Krajichanine, Dabo Repéié, Radoslav Boudane, Ivan Krepéié, Andrija Draëié,

1. Voir Makuchew, Die Slaven in Albanien, tirage à part de St. Petersburgskija Universitetskija Izwjestija, p. 152.

Gjorgje Mrk$a, Petar Bicié, Gjoura Mara Kolaÿica, Stepane Dendrika, Kalagjorgje Boudine, Stepane /latar, Bogdane Serbine, Dobra, Mesié, etc. (voir Makusev, {. c., p. 149-150). La nomenclature slave, dit M. v. Hahn‘, est considérablement répanduë jusque dans les contrées les plus inaccessibles des montagnes albanaises. Les Slaves étaient jadis les habi-

tants les plus nombreux du pays. L’Albanie

était inondée de Serbes et de Bulgares. Les Malicores ont une tradition selon laquelle leurs montagnes étaient habitées par des Serbes.

Les tribus de l’Albanie du Nord se sou-

| viennent encore de leur origine slave. Hotti,

Kastrati et Klementi savent qu'ils sont frères germains des tribus monténégrines des Koutchi, Bratonziéi et Piperi. L’unique héros albanais Skenderbeg était d’origine serbe, car son grand-père et sa mère étaient serbes. La tribu des Miridites a conservé une tradition suivant laquelle elle descend des Bulgares?. Dans la

1e 2. W. Nelezojew, Albanska prava na dréavu « Samouprava »,

LCL pb 2112122724 n°41619,

Co

ville albanaise de Tirana il y à encore aujourd'hui 2 000 Serbes.

« Il ressort de l'établissement de la frontière linguistique que les Slaves n’ont pas seulement

conquis ce que nous appelons les pays des

Alpes albanaises, mais qu'ils habitent jusqu’à nos jours la marge nord de l’Albanie naturelle. Ils semblent s'être répandus autrefois sur toute la moitié sud du nœud de ces Alpes. Les enclaves albanaises dispersées sur la moitié nord du nœud sont considérées par la légende du pays comme des colonies postérieures !. »

Les Albanais ont aussi adopté la coutume spécifiquement serbe du frère de choix (pobratim), mais tandis que chez les Serbes la femme d’un frère de choix est sacrée à l’autre frère comme sa propre sœur, chez les Albanais le pobratim peut commettre adultère avec la femme du frère de choix, sans en être puni de mort, quoiqu'on tue en Albanie pour des offenses bien moindres ; — car les pobratims, « qui sont sous la protection de saint Jean, ne peuvent pas se tuer l’un l’autre ». (Voir Nopesa, in der Schala, p. 90.)

Voinv Hahn, lc:rl, 933.

Le signe ethnographique le plus sûr pour trouver des Serbes dans la mosaïque ethnique de la péninsule balkanique, est la Slava, la fête principale du patron de chaque famille, coutume exclusivement propre aux Serbes. Eh bien, cette coutume se trouve encore aujourd’hui dans beaucoup de familles en Albanie.

Cela peut suffire pour ce qui concerne le type ethnique et l’ethnographie des Albanais.

Ont-ils au moins le deuxième signe d’une nation, une unique langue natonale ?

Non.

Comme meilleure illustration de ce que l’albanais n'est aucunement une langue nationale unifiée, on peut citer le fait suivant : la société biblique anglaise qui publie l'écriture sainte dans la langue de chaque nation, était obligée de faire paraitre cinq traductions différentes pour les Albanais'. De ces cinq « dia-

1. Voir H. Charles Woods, La Turquie et ses voisins, Paris, Guilmoto, p. 114. L’une pour les Albanais en Calabrie, la seconde pour ceux de la Sicile, la troisième pour les Guègues,

la quatrième pour les Guègues de Chkodra, la cinquième pour les Tosques.

vd dir en élit

lectes » deux sont les plus répandus, le dialecte guègue et le dialecte {osque; ces deux dialectes diffèrent tellement l’un de l’autre, qu'un Guègue peut très difficilement comprendre un Tosque et inversement. Les délégués de l'Ali-Pacha de Janina au Moustapha-Pacha de Chkodra (Scadar), bien qu’étant Albanais d’origine, devaient emmener des interprètes, s'ils ne comprenaient pas par hasard le guègue*.

L’albanais d'aujourd'hui est un mélange de toute sorte de langues. On ne peut comparer ce. conglomérat de langues qu’à la langue des tziganes?.

Écoutons ce que le meilleur connaisseur de l'Albanie, le consul autrichien v. Hahn, dit de ces deux dialectes de la langue albanaise :

« Autant que nous pouvons juger des deux dialectes et de leurs rapports réciproques, ils se présentent comme foncièrement différents, à peu près à la façon de l’allemand, du suédois et du dañois, par le fait que l’époque de leur ramification est antérieure aux temps historiques... Mais si Guègues et Tosques sont les parties

PANOITV. Hahn, lc, p. 39. 2. Voir D' Niko Zupanié, {. c., p. 39.

d'un tout national, si la conscience de leur homogénéité leur manque, s'ils parlent des dialectes différents, si la frontière entre ces dialectes est là où Strabon place celle entre les Epirotes et les Illyriens, si les Épirotes n'étaient pas des Hellènes, mais des barbares, n'est-il pas très probable, qu'il en fût autrefois comme il en est aujourd’hui, que les Épirotes faisaient partie de la race illyrienne sans cependant avoir eu le sentiment de cette homogénéité, de même que Hollandais et Danois font partie. de la race germanique, sans pour cela se sentir identiques aux Allemands ? » ({. c., p. 218).

Depuis le temps où écrivait Strabon, tout ce qui a pu subsister de Macédoniens de la Macédoine supérieure et d'Epirotes du sud-est à appris le bulgare, le valaque ou le grec; mais sur la côte et sur le Chkoumbi rien n'est changé ; car là-bas il y a encore des Épirotes bilingues et le Chkoumb sépare aujourd’hui les Guègues et les Tosques, comme il séparait aux temps jadis leurs aïeux, les [lyriens et les Épirotes.

Nous ne tenons point à invoquer encore le témoignage d'une autre grande autorité en

matière de connaissance des Balkans, — j'ai nommé Ami-Boué, — qui considère les Albanais d'aujourd'hui (il les appelle de leur nom turque « Arnautes ») comme un mélange de sang serbe et albanais, car il ne peut avoir en vue que ceux des Albanais qui, après les grandes émigrations des Serbes de la Vieille- . Serbie en Autriche en 1690 et 1737, occupèrent le pays abandonné; mais nous avons à nous expliquer un peu avec M. le baron Nopcsa.

Dans une conférence publique que le baron fit, il y a deux mois, à l’Urania de Vienne, il raconta les aventures qu'il avait eues en Albanie pendant ses nombreux « voyages d'études géologiques »; conférence dont la tendance culminait dans la péroraison suivante : « Mesdames et Messieurs ! Réfléchissez à la maison sur tout ce que vous avez entendu ici, et n'oubliez jamais ces paroles du Traité de Berlin : « au delà de Mitrovitza! » Nous ne voulons pas nous disputer avec le baron sur ce point, ni sur ses efforts d’excuser les meurtres par vendetta si barbares, par l'absence de toute police et de tout tribunal en Albanie — car ceci est affaire de goût; mais si le grand géo-

logue en plus grand agitateur politique s'étonne en cette conférence de ne pas avoir trouvé de traces slaves en Albanie et s'il corrobore sa thèse en alléguant que des deux cents noms propres albanais il n’y avait que trois serbes, probablement importés du Monténégro voisin’, — nous voudrions nous référer à Gustave Meyer et son dictionnaire étymologique de la langue albanaise?, où il est démontré que la langue albanaise contient 540 mots slaves et 870 mots néo-grecs d’un usage commun. Les autres sont d’origine romane (1420) et turque (1180). « Il n’y en a qu'environ 400 que j'ai pu revendiquer comme appartenant à la vieille famille indo-germanique. » Cela est aussi confirmé par Bopp (Ueber das Albanesische, Berlin, 1855). « Cette langue est une branche du tronc indo-germanique, mais fortement

1. Il est significatif que le même auteur écrit à la page 34 ce qui suit : « Le lieu de sépulture de Detchani peut faire conclure qu’en ce cas le cycle légendaire serbe du Kraljevié Marko s'est mêlé au cycle légendaire mort-né des Dukadzin. Qu'en effet les légendes albanaises aient subi l'influence des légendes serbes, cela est prouvé par le fait que des gens de langue albanaiïise seulement m'ont montré un gourigat coupé en deux par Marku Kral.

2. Etymologisches Würterbuch der albanesischen Sprache, Strasbourg, 1891, p. 1x.

mélangée d'éléments serbes, grecs et turques.

- Sans alphabet propre. »

Intéressant est ce que raconte Steinmetz!.

« Nous allâmes trouver le vieux capidan de Ner$enjs. La réception ne fut pas sans méfiance malgré la recommandation oralement transmise du missionnaire. Cette méfiance se dissipa lorsque je lui racontai que je venais de la Bosnie, et que je répondis à une question croate dans la même langue. »

Steinmetz est encore bien aimable de ne pas baptiser cette langue, qui dispersa la méfiance du capitaine albanais, langue bosnienne, comme le fit Kalläy.

Lorsqu'il entendit ensuite que toutes les chaumières, dans l'Albanie du Nord, s’appelaient « stan » il appelle cette dénomination slave, uniquement pour ne pas avouer qu'elle est serbe (p. 41). Au cours de son voyage il arrive à Drvenit, au Bajrak Velja, à Stoyani, Bog, Dic, Tosa, Skela, Proseka, Mrena, Reka, Doline, Bosici, Dayiéi, Desatplanina, Kounora (Krouna), Xakarici, etc ?.

1. L’ingénieur K. Steinmetz, Von der Adria zum schwarzen Drin, Sarajevo, D. A. Kajon, 1908, p. 40.

2 Woir LC. p.95, 14, 26,27, 31, 35,45, 47, 62, 63, 66.

20 DESNALPANAISS

Mais la plus grande surprise pour Steinmetz a dû être celle d'entendre que tous les Albanais appellent sa bien-aimée Autriche-Hongrie exactement comme les Serbes l’ont appelée au commencement du xix° siècle : Memizes, Nemtzia (Nemci, Nematka)!.

Donc, il n’y a pas seulement aucune langue nationale unitaire, mais même pas un alphabet national. Après une vie de plusieurs milliers d'années les Albanais n’ont pas seulement aucune littérature propre, mais ils manquent même de caractères unifiés pour écrire. Les rares Albanais qui ont appris à lire et à écrire se servent des caractères arabes, grecs et latins, bien que ceux-ci ne soient de loin pas aptes à rendre tous les sons de la «langue » albanaise. Par rapport à cela nous allons devoir citer un passage d’un livre écrit à Riga et imprimé à Vienne en 1788, c'est-à-dire à une époque où la principauté tributaire de Serbie n'existait même encore pas, et qui, remarquez-le bien, a pour auteur un Autrichien, le moine Dossitije ;

et nous insistons sur ce point seulement pour

1 ENc Dar

Ad

ne pas être incriminés dans cette étude de l’objectivité d'un Nopesa.

Done, le moine Dossitije qui, pendant un certain temps, était instituteur de village à Iormovo dans l’Albanie moyenne, près d’Avlona, raconte :

« Je savais déjà bien parler l’albanais, parce que la langue peut être écrite d’une façon simple et avec des caractères slaves, comme si ces caractères avaient été inventés exprès à l'usage de la langue albanaise. Les Albanais se réjouirent beaucoup en voyant que leur langue pouvait être écrite d’une façon si jolie. J'ai fait, deux ans auparavant, à Venise, la connaissance d'un prêtre grec Théodore, instituteur de Moskopolis, qui faisait imprimer quelque chose d'albanais en caractères grecs; mais en caractères grecs on ne peut même pas écrire le tiers de l’albanais. J'en fais mention ici pour le cas où il y aurait quelqu'un pour prophétiser que les Albanais, avec le temps, auraient aussi leurs propres livres imprimés en caractères slaves. Qu'il ne craigne rien, ce quelqu'un, qu'il prédise tranquillement et qu'il entreprenne quelque chose de pareil, car la

chose est très facile à réaliser, et le sera, dès que Dieu aura pitié de ce brave peuple et de ces beaux pays. — Quelle était ma surprise d'entendre de la bouche même des Albanais, les paroles suivantes : « Celui qui règne » (ovlada) sur la Serbie, nous le reconnaîtrons » aussi comme notre maitre, car les rois serbes étaient aussi les nôtres. » Près de Hormovo il y a de beaux champs qui s'appellent « Lepa- » Zita ».-Lorsque je leur dis que ce nom signifait « beaux champs de blé » en serbe, les Albanais répondirent : « Pourquoi le moine » sen étonne-t-il? Dans les vieux temps nous » ne faisions qu'un avec les Serbes. »

Mais le bon moine s’est trompé dans ses espérances. Bien qu'il ait encore vu comment Napoléon I donna toute la Dalmatie serbocroate à l'Autriche, il n’a pu comprendre pourquoi le gouvernement autrichien baptisait le pays serbe autour de Kotor (Cattaro) du nom d’ « Albanie autrichienne », nom qui est conservé avec conséquence dans toute la correspondance administrative de la fin du xvim° et du commencement du xix° siècle. Dossitije ne soupçonnait pas que même ce nom était

LES ALBANAIS. a

dirigé contre l’usage des caractères salves en des livres albanais, et que l'écriture latine devait être apprètée à l'usage des Albanais de son temps, de façon à acquérir leur faveur.

Cinquante ans après, ce fut le consul autrichien v. Hahn qui entreprit de créer pour les Albanais une grammaire et un lexique en lettres latines. En savant consciencieux M. v. Hahn s'est efforcé de trouver quelque trace d’un authentique alphabet albanais, et fut assez heureux de trouver des caractères qui paraissaient dériver de l’alphabet phénicien et qui, à travers 9 000 ans, avaient servi aux Albanais de cryptographie (écriture chiffrée}. Il poursuivit inlassablement ses investigations. En voici le résultat :

: « N'est connu aujourd'hui qu’à Elbassan, totalement inconnu à Durazzo et Chkodra. À peine cinquante personnes en tout se servent de cet alphabet. Il était employé à Elbassan par un instituteur grec Theodor’. L'auteur à

1. Lequel, comme nous avons vu plus haut, a tout de mème préféré faire imprimer sa publication en caractères grecs.

vainement recherché des écrits nationaux à Elbassan. Deux cahiers, l’un de sept, l’autre de douze feuilles in-quarto, fragments d'une traduction guègue de parties de lhorologion grec et de l’évangile selon saint Jean, voilà toute sa récolte!. »

Un patriote albanais qui portait le vrai nom grec de (revassim Kyrias essaya en 1889 de “créer par des signes spéciaux correspondants aux caractères latins un alphabet « national », albanais. Un club albanais (bachkim) essaya d'imprimer l’Écriture sainte en cet alphabet, mais le gouvernement ture, constitutionnel et parlementaire, fit de suite fermer l’imprimerie. Pendant le nouveau régime « libéral » en Turquie il y eut une seule école albanaise, l’école de jeunes filles fondée par Gerassim et Sevasti Kyrias en 1891 à Kortcha. Dans le Nord, à Skadar, subsistaient encore les écoles de propagande autrichiennes et italiennes, dont nous parlerons plus tard.

Au reste, les Albanais n'ont pas un besoin excessif d'écoles. « Que profiterais-je, si mon fils savait écrire, mais pas tirer » — me dit

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