PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE I
Quelques auteurs ont interprêté dans un sens symbolique l'histoire de cette Hélène. Pour eux, Hélène, dans la pensée de Simon, c'est lame, particule de l'esprit infini. L'âme aurait été surprise par les Anges, créateurs des corps , qui l'auraient enfermée dans la matière, et qui, par cette captivité , l'auraient empêchée de retourner au ciel. Afin de la retenir indéfiniment captive, ils la faisaient passer d'un corps dans un autre, et c'est ainsi qu'elle était tombée dans le corps humain, où elle était maintenant, comme dans une maison de prostitution, liée irrésistiblement à la matière par la génération : brebis égarée, elle n'avait plus le moyen de rentrer au bercail. C'est, en effet, à l'âme captive que les Valentiniens appliquaient la parabole de la brebis perdue (1). Simon était venu
Die trei ersten Jahrhunderte ; — Mœlher, Die Kosmologie ; — Kunstmann , Feuil. hist. et pol. , tom. 47.
A côté et à la suite des doctrines de Simon se formèrent diverses sectes :
lo Celle de Dosithée. — Orig. cont. Cels., lib. i,57; vi, 11 ; — Euseb. iv. 22 ; — Grimm, op. cit. — 2° celle, de Saturnin d'Antioche. — 3° celle de Tatien et des Encrantes. — Orig. de Orat., cap. 24, — Philosoph. vm, 16. — 4° celle d'Hermogènes. — Tertul. , adv. Hermog. — 5° celle des Elkésaïtes. — Epiph. Hœr. lui ; — Euseb. vi, 38; — Philosoph. ix, 15-17.— 6° celle des Pérates. — Philosoph. v, 12-17. — Rud. Basmann, Die Philosoph.
(1) Voir sur les Valentiniens : Tertul. , adv. Valent. — Tren. , lib. i et n. — Glem. Alex. Strom. h, 8, 20. — Jac.
pour la chercher et la sauver , en lui faisant connaître sa véritable origine ; touché de ses plaintes, le Dieu suprême, lavait envoyé, lui Simon, pour accomplir cette oeuvre de miséricorde.
Cette explication de l'histoire & Hélène contenait toute la pensée des Gnostiques sur la chute et sur la délivrance de lame. Manès s'en empara, et nous la retrouverons chez les Albigeois.
Simon ne croyait pas que Dieu s'abaissât jusqu'à former des corps. Sa maxime était celle de Platon : l'être éternel ne peut faire que des êtres éternels comme lui; les êtres temporels sont produits par des intelligences subalternes (1). De là il concluait que le vrai Dieu n'est pas le créateur du monde. Aussi, quoique, d après les Récognitions (2), Simon ait souvent protesté qu'il ne reconnaissait qu'un seul Dieu, il est probable qu'il admettait deux principes. La xixe Clémentine (3) semble contenir l'expression véritable de sa pensée : « Le méchant, y dit-il, le prince du mal est-il éternel ou a-t-il été produit? S'il a été produit par le Dieu qui a fait
Lodberg, Disquis. histor. de Valentino etValentinianis, Gopenh. 1695. — G. Hooper, De Valentin. Hœres., Londres, 1741. — Rossel, Das Syst. des Gnost. Valent.
(1) « Ab œterno œterna sunt ; a eorruptibili temporalia et caduca. » ( Recog., lib. m, 29. )
(2) Lib. ii, 3.
(3) Paragr. 4.