‹ Les AlbigeoisChapitre 102 sur 313 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII

Aussi M. Schmidt est réduit à finir par cette raison, dont on appréciera la valeur : « Au reste, rien de plus facile que d'arriver au dualisme, trop facile pour qu'on doive rapporter au Manichéisme tout principe dualiste, à moins de preuves historiques. » Nous pensons précisément avoir donné ces preuves.

Cependant il étabit une différence qu'il croit profonde. Les Albigeois, dit-il, avaient le dogme du Consolamentum ; les Manichéens ne l'avaient pas. On verra plus tard en quoi consistait ce dogme du Consolamentum - c'était une imposition des mains que le Parfait faisait sur les malades ou sur celui qui était reçu clans la secte. Or, les •Manichéens avaient, eux aussi, une imposition des mains ; les cérémonies de détail sans doute n'étaient plus les mêmes, elles s'étaient modifiées ; ainsi chez les Albigeois, elles étaient plus solennelles. Mais n'oublions pas que sept siècles séparent les Albigeois des premiers Manichéens. Ce fait, d'ailleurs, n'est pas de nature à surprendre ; car dans l'Église catholique, dont tous les membres cependant sont rapprochés par une si remarquable unité, les cérémonies faites dans un même but et pour le même objet ont une solennité variable , selon les divers pays.

Enfin, et c'est la dernière différence signalée par M. Schmidt, « aucune trace que les Cathares

(ou les Albigeois) aient vénéré particulièrement Manès ». Cependant M. Schmidt , après avoir formulé cette affirmation, ne manque pas de citer le témoignage d'Eckbert. Mais que dit cet auteur? 11 affirme nettement que les Albigeois avaient une fête en mémoire de cet hérésiarque. M. Schmidt ajoute : « Manès s'est dit être le Paraclet , il a été ainsi vénéré par les Manichéens ; rien de tel chez les Cathares. Une seule fois, au xie siècle, il est dit qu'ils croyaient Manès le Saint- Esprit. » Roger, évêque de Châlons , écrivait , en effet, à "Wazon, évêque de Liège, qu'ils prétendaient menteusement recevoir le Saint-Esprit par l'imposition des mains (1). Mais M. Schmidt révoque l'autorité de ces témoignages. Parce que , dit-il , Eckbert et Roger « ont vu dans le Catharisme un principe dualiste, ils lui ont attribué sans discussion ni critique les pratiques et les dogmes du Manichéisme ». Mais se sont-ils donc tant trompés quand « ils ont vu dans le Catharisme un principe dualiste? » Se sont-ils tant trompés quand « ils lui ont attribué les pratiques et les dogmes du Manichéisme? » De quel

(1) « Per sacrilegam manuum impositionem dari Spiritum sanctum mentientes, quem. .. non aliasaDeo missum, quam in hreresiarcha suo Mani ( quasi nihil aliud sit Mânes nisi Spiritus sanctus ) falsissime dogmatizarent. » ( Gesta iïpiscop. Leod., 899. )

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