‹ Les AlbigeoisChapitre 108 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I

mensonge de la part des auteurs contemporains et erreur de la part des historiens modernes , qui trop souvent les ont copiés avec complaisance »(1).

Violentes sont ces accusations ; puériles ces plaintes et fausse cette critique. M. Schmidt qui, appartenant à la religion réformée , est porté à suspecter la pureté de toute source catholique, n'est pas tombé dans cette extrémité: il est plus raisonnable ; non-seulement il ne refuse pas toute valeur aux auteurs qui ont écrit contre les Albigeois, non-seulement il ne récuse pas l'autorité de leur témoignage; mais encore il donne les meilleures raisons pour appuyer son sentiment. .11 serait d'abord étrange, dit-il, que les livres écrits par les Catholiques contre les Albigeois fussent sans fondement. Faites, en effet, l'hypothèse que dans notre siècle plus de cent auteurs différents, suivant les inspirations de leur imagination, se rencontrent sur le même sujet ; c'est déjà bien remarquable. Mais ce sujet est un sujet historique et religieux ; il a pour but de faire connaître une erreur qui n'existe pas ; plus de cent auteurs différant d'esprit et de nationalité s'accordent: mon étonnement grandit. Finalement, il y a dans cette hypothèse plus que de l'étonné ment pour mon esprit ; je vois au bout une

(1) Aristide Guilbert , Histoire des Villes de France, — Albi — Paris, Furne, 1867.

impossibilité. Cette hypothèse, irréalisable dans notre siècle, transportez-la au xne et au xme siècle, et vous aurez ainsi la mesure de la force du raisonnement de M. Ré ville et de M. Guilbert.

M . Schmidt donne une autre raison , qui est certainement plus forte encore. Toute la valeur de cette raison est dans le simple énoncé de ce fait : qu'il règne un parfait accord parmi les écrivains catholiques sur les points fondamentaux de la doctrine albigeoise. Depuis la fin du xe siècle jusqu'au xve, chroniqueurs et théologiens, soit d'Espagne, soit d'Italie, soit de France, soit d'Allemagne, n'ont au fond qu'une même pensée sur l'hérésie néodualiste.

Les dépositions des témoins et des accusés des bords du Danube du xive siècle portent sur la même doctrine que celles des hérétiques de Minerve, de Cabaret ou de Toulouse, au commencement du xine; la lettre écrite par le pape Eugène IV à son légat en Bosnie semble avoir été écrite par Cèlestin 111 ou par Innocent 111(1).

(1) Farlati, Illyria sacra , iv, 257.

Que l'on mette en regard les livres imprimés et les manuscrits qui se trouvent dans nos bibliothèques , à Toulouse, à Paris par exemple , et où sont racontées tout au long les affaires des Albigeois ; c'est partout une parfaite unité. Voyez, par exemple , « les fragments d'un registre de l'Inquisition , conservés aux archives départementales de la Haute- Garonne, et contenant les dépositions

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