DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE
doit être aussi la bonté absolue. Dès-lors qu i! est le principe parfait et bon, s'il produit des œuvres, ces œuvres seront nécessairement bonnes. La raison nous le dit : c'est la vérité absolue.
Mais les faits dont la nature nous rend tous les jours témoins semblent renverser ces principes indiscutables. Au milieu de quel monde vivonsnous, en effet? Au milieu d'un monde imparfait et rempli de mal. Dieu ne peut donc pas avoir créé ce monde, car il y a toujours analogie entre la cause et l'effet. Mais dirons-nous que le monde provient du hasard, ou bien qu'il existe de toute éternité? Ni l'un ni l'autre, car le monde porte les traces évidentes de l'intelligence qui l'a formé. Son imperfection même lui ravit l'éternité. 11 existe donc un principe mauvais qui a créé le monde mauvais.
Quelle est la nature de ce principe mauvais? Est-il éternel et absolu comme le principe du bien? Ou bien a-t-il été créé bon d'abord, et puis, par l'abus de sa liberté, a-t-il perdu sa bo ité naturelle et est-il devenu mauvais? Comme les premiers Manichéens, les Albigeois se divisèrent sur la solution de ces questions. Originairement, les Bogomiles établissaient une égalité absolue entre le principe bon et le principe mauvais , également puissants et également éternels.
Mais bientôt , un parti qui refusait l'éternité à
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Satan et qui le regardait comme un ange déchu, s'éleva contre ce dualisme absolu.
L'Église de Dragovice (1), en Macédoine, demeura toujours fidèle aux doctrines du vieux dualisme ; l'Église de Bulgarie, au contraire, reconnut comme un semblant de monothéisme : car elle plaçait au premier rang le principe du bien qu'elle disait être supérieur à tout ; elle n'admit jamais l'éternité du mal. Ce schisme s'étendit plus loin que la Grèce et que la Bulgarie ; il se déclara aussi en Occident, en Italie et en France surtout. Nicétas, èvêque de la communauté de Constantinople, qui partageait la foi de l'Église de Dragovice, prit part au concile hérétique de Saint-Félix de Caraman , et ce concile déclara que le dualisme absolu était la seule vraie foi de la secte. Cette décision persista. Au xme siècle, il y avait des églises dans le pays de Toulouse , de même qu'à Garda- Sée dans l'Albanais , où la foi en l'éternité du mal comptait les adeptes les plus décidés et les plus résolus. C'est ainsi que les Albigeois, ressuscitant les anciennes querelles de la secte, imitant les Patarins d'Italie et les Cathares d'Allemagne, se divisèrent en Albigeois absolus et en Albigeois modérés.
Pour les Albigeois absolus, le principe du bien (1) Dragovicen, M. Jirecek, Geschic. der Bulgar.