DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE L
Quant au monde du Dieu bon, il était constitué, d'après eux, par le monde invisible des esprits et de la lumière. Ils le disaient peuplé d'hommes célestes qui étaient composés d'un corps spirituel et d'une âme. Dans ce corps résidait 1 ame, gardée et gouvernée elle-même par un esprit, lequel, à son tour, était revêtu d'un corps céleste.
Conception gnostique mais inintelligible , qui plaçait deux êtres dans un seul.
Chacun des deux Dieux éternels avait eu sa révélation ; le Dieu mauvais avait parlé dans l'Ancien Testament, le Dieu bon dans le Nouveau. N'y at-il pas, en effet, une opposition manifeste entre .ces deux Testaments (1)?
Le Dieu bon n'avait donc pas parlé à Moïse ; le
(1) Ils prétendaient établir une opposition absolue entre les passages suivants :
Gen. i, 2 et i Joan. i, 5.
Gen. i, 27 et Gai. m, 28.
Gen. m, 15 et Golos. i, 20.
Gen. vi, 7 et Jacob, i, 17.
Gen. vi, 2 et i Joan. m, 9.
C'était , en petit , le livre des Antithèses dans lequel Marcion s'était attaché à faire ressortir les contradictions qu'il croyait trouver entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Tertullien et tous les Pères ont réfuté cet ouvrage en montrant l'accord des deux Testaments.
Les Albigeois tenaient à honneur surtout le IVe évangile, un évangile apocryphe, attribué à saint Jean , et la Vision d'haie, sorte d'Apocalypse orientale.
libérateur des Hébreux avait reçu la Loi d'un trompeur; il avait été lui-même sorcier et larron. Sa loi ne devait donc pas être observée !
Logique insensée, qui immolait, en même temps que l'Ancien Testament, les dix commandements du Sinaï, écrits non plus seulement sur des tables de pierre, mais dans la conscience de tous les hommes, et essentiels à toute constitution sociale.
La conception des deux principes éternels, dont l'un était le seul créateur des esprits, et l'autre le seul créateur des corps, présentait une grave difficulté. Cette difficulté fut résolue par une conception plus étrange encore.
Si le Dieu bon n'a créé que les âmes, et le Dieu mauvais que les corps, comment les âmes sontelles tombées sous la domination du mal?
Voilà la difficulté.
Les Albigeois répondaient : Les âmes ne sont pas libres, car si le Dieu bon leur avait donné la liberté, il serait l'auteur du mal. Cela est si vrai, ajoutaient-ils, que le Dieu bon lui-même n'a pas de libre arbitre. Et ils citaient l'Écriture (1), dont les paroles ne prouvent nullement leur assertion outrageante pour l'homme et pour Dieu.
Mais puisque les âmes célestes ne jouissent pas delà liberté, comment expliquez-vous leur chute?
(4) Rom. vu, 15; ix , 46 ; i Cor. m, 7; Philip, n, 43.