DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I
Les Albigeois, cependant, donnaient à Jésus- Christ une place assez grande dans l'œuvre du salut. Voici l'idée qu'ils se faisaient du Rédempteur .
Le Dieu bon, voyant que les âmes, loin de faire pénitence , descendaient toujours plus bas dans le mal, résolut de les délivrer : il envoya Jésus- Christ.
Jésus- Christ n'est pas Dieu, il est une créature inférieure à Dieu (1). 11 ne s'est pas incarné, car il ne pouvait pas descendre dans un corps mauvais, surtout in utero Virginis. 11 n'a pas pris réellement notre humanité ; il s'est revêtu d'un corps différent de. celui des hommes. 11 a apparu sur la terre avec le corps éthéré qu'il a au ciel ; ce nest qu'à la Transfiguration qu'il manifesta sa substance céleste.
Le démon ne connaissait pas la nature de Jésus- Christ. Pour le laisser dans son erreur, Jésus- Christ se conduisait partout comme ayani un corps d'homme. Les Juifs crurent le faire souffrir et lui donner la mort; mais l'esprit céleste n'éprouva aucune douleur (2). Cet esprit se sépara de lui au moment de la mise au tombeau ; il revint en lui le
(1) Preuve :Prov. xni, 22; Sap. i, 4; xxiv, 14; Joan. xiv, 28; xvn, 44; Galat. iv, 4.
(2) Un larron, ayant sa figure , fut crucifié à sa place. Lib. conf., f° 404.
troisième jour, et ce retour produisit le phénomène apparent de la résurrection. Le même corps céleste remonta seul au ciel ; car l'Ascension avec un corps de chair et d'os, qui sont d'une nature mauvaise, ne peut pas être admise comme possible (1).
Parmi les Albigeois, quelques-uns allaient plus loin. Ils prétendaient que Jésus-Christ avait été appelé à l'existence par le Dieu mauvais, qui voulait se servir de lui pour tromper les hommes et pour empêcher le salut qui devait s'accomplir parle Christ véritable Ils ne reconnaissaient qu'un Christ idéal, qui n'avait été dans ce monde que d'une manière spirituelle dans la personne de son principal disciple, saint Paul.
A l'exception de ces derniers, tous réduisaient le rôle de Jésus-Christ à un simple rôle d'enseignement. Si les âmes sont nécessairement sauvées , quel besoin , en effet , ont-elles de la grâce? Jésus-Christ s'est uniquement appliqué à corriger les erreurs relatives à Dieu , à faire connaître les moyens de pénitence destinés à nous faire revenir au Dieu bon, et à apprendre aux
(1) D. Bouquet, Rec. des Hist. x, 409.— Gest. synodûs Aurélia. 605 — Guibert Novigent., de Vita , ni. éd. D'Achery, Paris , 1651. — Eckbertus, Sermon es. — Joachim, Expositio in Apocal. — Ermengaudus , Opuscul. cont. Hxret. dans Gretzer , t. XII. — Eugène IV, Lett. au légat en Bosnie.