DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE
avaient été emmenés par Jésus-Christ. Une fois rentrées au ciel, ces âmes sont revêtues des corps resplendissants qu elles avaient avant leur chute.
Quant aux âmes qui refusent de faire pénitence, elles resteront toujours sous le pouvoir du démon. Par leur refus d'entrer dans l'Eglise albigeoise, elles montrent qu'elles n'ont pas été créées par le Dieu bon : condamnées dès l'origine, elles subissent la nécessité de leur nature.
Tel était dans son ensemble le dogme du dualisme absolu. Mais en France, comme en Italie, en Bulgarie et primitivement en Perse, le dualisme n'eut pas dans les esprits une forme aussi rigoureuse : de là l'Albigéisme mitigé.
En France, quelques Albigeois pensaient à peu près comme les dualistes mitigés de Concorezo. Pour eux, il n'y avait qu'un Dieu éternel et absolu, existant avant le monde et avant le mal. Ce Dieu unique avait créé les esprits et les quatre éléments de la matière. Mais l'action créatrice de Dieu s'était bornée à la création de la matière en général : il s'était contenté de donner l'existence. Le chaos primitif avait été débrouillé par un autre et contrairement à la volonté de Dieu.
D'après les dualistes modérés, le Dieu mauvais n'était donc pas le créateur, mais l'ordonnateur, le formateur de la matière. Le principe mauvais ne partageait pas la nature divine ; il était au rang
des créatures de Dieu. Primitivement, il était ange; poussé par une pensée d'orgueil, il voulut devenir égal à Dieu ; il déchut de sa bonté primitive : il fut alors chassé du ciel, lui et tous ceux qui l'avaient imité dans sa révolte.
Sept cieux, l'un plus resplendissant que l'autre, forment le royaume de Dieu et des esprits célestes. Dieu habite le septième ciel ; chacun des autres cieux est habité par un ordre particulier d'anges, qui, sans interruption, font monter leurs chants vers Dieu. Au-dessus de la région céleste régnent les quatre éléments, sans forme précise, mais séparés et placés dans l'ordre descendant suivant : sous le ciel, sont l'air et les nuages, au-dessous l'océan et ses eaux, puis la terre, et enfin le feu. Un ange préside à chacun de ces éléments.
A la tête de l'armée céleste brillait Lucifer, le plus beau des anges, à qui la garde des cieux avait été confiée, qui administrait les biens du roi du ciel et pouvait traverser librement toutes les régions de l'infini jusqu'au trône de Dieu, dont il avait le privilège unique de contempler la gloire face à face.
Mais il conçut le dessein de devenir l'égal de son maître : pour l'accomplir il séduisit d'abord les anges qui présidaient aux éléments , puis le tiers des anges des cieux. Mais Dieu , irrité , le chassa, le dépouilla de sa gloire, et à la place de la lumière