‹ Les AlbigeoisChapitre 121 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II

déjà que les préceptes de la secte seront négatifs et très-rigoureux.

La possession, à quelque titre que ce fût, des biens terrestres, était défendue à tout Albigeois ( 1 ) . C'était logiquement le précepte de la pauvreté la plus absolue, non pas de la pauvreté chrétienne ou de la pauvreté monacale ; car les moines , qui mènent une vie commune, ne manquent pas de l'indispensable, mais d'une pauvreté impraticable, telle qu'elle n'avait jamais été comprise. Une telle pauvreté imposée à tous comme une conséquence rigoureuse de la loi même du bien, constituait un joug intolérable.

11 était encore défendu à tout sectaire d'avoir avec les hommes d'autres relations que celles qui seraient établies dans le but de les convertir. Il lui fallait donc briser tous les liens de la famille et de l'amitié. C'était un devoir strict.

Tout meurtre d'un animal, autre qu'un reptile, était interdit ; car, comme nous lavons vu, tel animal pouvait être devenu le séjour d'une âme. L'Albigeois n'usait ni de viande , ni de lait , ni

(1) Cependant les Parfaits pratiquaient et autorisaient le prêt à usure {Coll. Doat., Bibl.nat., t. xxv, f° 220, 225; Lib. Confes., f° 159 ) . « Très-avides d'argent, ils obsédaient les moribonds auprès desquels ils étaient appelés, insistant pour se faire remettre des legs à titre de rémunération , et en cas de refus , les privant du secours du Gonsolamentum. » (M. Dulaurier , loc. cit. )

d'œufs, car toute chair et tout produit de la chair étaient l'œuvre de l'esprit mauvais , il se nourrissait seulement des fruits de la terre.

Le plus grand, le plus odieux, le plus abominable de tous les crimes était pour eux lacté que l'homme accomplit par le mariage. Concubinage, adultère, mariage étaient des mots synonymes, qui désignaient un attentat sans nom (1).

Cette rigueur dans la défense devait, semblet-il , amener une rigueur correspondante dans les moyens d'obtenir la rémission des péchés. Cependant il n'en fut pas ainsi. L'Albigeois n'était pas dans l'obligation d'accomplir des œuvres satisfactoires. Pour lui, le moyen d'obtenir son pardon était des plus simples : il suffisait qu'il entrât dans la secte ; car la pénitence radicale , c'est-à-

(1) Mais les Albigeois observaient peu ces principes rigoureux. Le Liber confessionum , mieux que les préceptes , nous fait connaître les vraies mœurs de la secte. Des Croyants vivaient publiquement en concubinage , et cependant n'encouraient pas les censures des Ministres ; ils semblaient même avoir leur approbation. Aimengarde, épouse de Mazeroles , déposait dans son interrogatoire : « Quod audivit hœreticos dicentes quod potest salvari homo cognoscendo unam mulierem sicut aliam » (f° 196). On lit (f° 58) , qu'un certain Arnaud Maestre , administré sur son lit de mort, avait à ses côtés, en présence des Parfaits qui accomplissaient cette cérémonie : « Wilhelma amasia dicti haereticati el Raymundella, quœ fuerat similiter amasia dicti hœreticati. »

Page 1