DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE IL
dire totale, s'accomplissait par l'admission dans l'Eglise dualiste.
La réception initiait au monde supérieur. Elle se faisait par l'imposition des mains. Cette cérémonie s'appelait la cérémonie du Consolamentum ou baptême de l'esprit.
Celui qui avait reçu le Consolamentum était compté au nombre des Parfaits, car il était alors réputé pur de la souillure du péché (1).
Les Parfaits portaient différents noms ; on les appelait : Amis de Dieu, Bonshommes, Bons chrétiens, Consolés, Consolateurs, Paraclets. Les Bogomiles leur donnaient le nom de Pères de Dieu , parce que , disaient-ils , ils engendraient dans les âmes le Verbe de Dieu.
Les Parfaits formaient la classe des Elus. Ils étaient tenus de prêcher et de conférer le Consolamentum. Ils devaient renoncer à leurs biens, qui étaient mis en commun. Ils étaient soumis chaque année à trois jeûnes de quarante jours chacun, et chaque semaine à un jeûne de trois jours. Ils ne devaient jamais aller sans compagnon; mais il n'était pas nécessaire que celui-ci appartînt à la classe des Parfaits.
Le Parfait portait un vêtement noir, sous lequel
,1 ) Cf. Eckbert , qui n'a pas confondu les Cathares ou Manichéens du xne siècle et les Catharistes du iiy, comme M. Schmidt l'en a accusé.
était une bourse en cuir, qui contenait un exemplaire du Nouveau Testament. Quand ils se rencontraient, ils se reconnaissaient à certains signes ; de même que, quand ils entraient dans une ville, ils discernaient la maison d'un Parfait à certains signalements convenus.
Les femmes pouvaient être admises dans la classe des Parfaits. Leur vêtement consistait en un grand manteau noir; mais elles n'étaient pas tenues de voyager pour prêcher. Elles habitaient tantôt seules, tantôt avec d'autres femmes Parfaites\ elles s'occupaient de travaux manuels, mais surtout de la formation et de l'éducation des filles de famille, afin de les élever dans les principes dualistes. Dans les cas extrêmes, elles avaient le pouvoir d'administrer le Consolamentum.
Au-dessous des Parfaits étaient les Croyants. Après les Croyants venaient les Auditeurs, c'està-dire ceux qui commençaient à se faire instruire des doctrines de la secte.
Les Croyants formaient la classe la plus nombreuse. Ils n'étaient pas obligés de s'astreindre aux lois d'une vie aussi rigoureuse que celle des Parfaits. Chose singulière, qui ne s'explique que par un retour au bon sens, les Croyants d une secte, de la foi de laquelle un des points principaux était le vice intrinsèque de la matière , pouvaient se marier et posséder des richesses; bien plus, il était