DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE
permis de faire la guerre et de se nourrir de viandes à des hommes qui voyaient le mal même dans toute matière de provenance animale, et qui considéraient la guerre ou le meurtre comme un crime abominable, dont le premier effet était le prolongement du séjour des âmes dans les corps. Cependant ils étaient tenus de faire connaître ces péchés aux ministres de leur secte. Ainsi, moyennant l'accomplissement d'une condition , ils pouvaient faire le mal !
On n'initiait aux détails les plus secrets des doctrines ou des pratiques que ceux dont la foi n'inspirait plus de cloutes et était à toute épreuve.
Mais chacun apprenait que, hors de la secte , il n'y avait point de salut , et que nécessairement le Croyant devait un jour recevoir le Consolamentum (1). Cependant la réception du Consolamentum pouvait être différée jusqu'à l'heure de
(1) Pour recevoir le Consolamentum , il n'était pas nécessaire d'avoir des connaissances très-étendues. « Le nommé Guillaume Carrière , attaché en qualité de bouvier au domaine rural de Bernard Maurin , ayant été embauché dans la secte , par son maître , se rendit au château de Montségur , où il fut logé dans la maison de l'évêque hérétique Bertrand Martin. Gratifié par celui-ci du Consolamentum et du grade de Parfait , nous le voyons aussitôt se poser en recteur , catéchiser , prêcher et remplir toutes les fonctions du sacerdoce Cathare. » ( M. Dulaurier, citant le mémoire de Belhomme. )
la mort; mais quand le malade lavait reçu, il était tenu de suivre la vie des Parfaits , s'il revenait à la santé: car, une fois le Consolamentum reçu, celui qui avait le malheur de pécher tombait pour toujours sous le pouvoir du démon.
Cette doctrine occasionnades pratiques infâmes. Pour empêcher que l'effet du Consolamentum ne fût perdu et pour ne pas mettre les malades dans le cas de tomber sous le pouvoir du démon , on les engageait à se laisser mourir en sabstenant de toute nourriture (1). 11 paraît même que
(1) Il serait facile de citer des faits de suicide nombreux. Dans le Liber sententiarum , il est question d'une femme Baranhona , à laquelle le minisire Pierre Autier ordonna de mourir de faim. Sa fille Stephana se chargea d'exécuter l'ordre. Pendant deux jours , elle refusa toute nourriture à sa mère ; mais celle-ci finit par forcer la consigne et revint à la santé.
Une autre, Guillemette, conseillée encore par Pierre Autier , pour échapper aux Inquisiteurs , se mit à la diète. Esclarmonde , sa servante, fut chargée de l'exécution de l'ordre Mais c'était une mort trop lente. Guillemette se mit donc dans un bain et se fit ouvrir les veines par un barbier, et afin de hâter la mort elle se jetait en sortant du bain sur la terre froide ; mais ces moyens furent encore trop lents. Guillemelte se fait donc acheter une alêne de cordonnier et demande à sa servante où est l'endroit du cœur , pendant qu'elle prend un breuvage noir , mêlé de verre pilé. Enfin elle meurt, mais après avoir recommandé à son amie Alasyte de la remplacer comme épouse. (M. Dulaurier, loc. cit.)