‹ Les AlbigeoisChapitre 124 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE . CHAPITRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE . CHAPITRE

les ministres leur demandaient à choisir ou la mort du Martyr ou la mort du Confesseur : le Martyr était étouffé, le Confesseur se laissait mourir de faim .

Cette privation de toute nourriture, que le Confesseur s'imposait, s'appelait Y Endura. Quelques-uns se livraient à YJEndura pour échapper aux inquisiteurs, d'autres pour éviter le supplice des flammes. Le suicide était, pour ainsi dire, à l'ordre du jour. On en vit qui se faisaient ouvrir les veines et se mouraient dans un bain; d'autres prenaient des potions empoisonnées ; ceux-ci se frappaient eux-mêmes. Cette mort violente ri était pas seulement regardée comme un acte de courage, •mais comme un acte de religion et de vertu ; et sans doute que si cette hérésie infâme avait réussi à s'établir, la terre du Languedoc déserte et dépeuplée n'eût été bientôt qu'un vaste champ de morts.

Les Albigeois avaient un culte dont les cérémonies étaient déterminées. Ils disaient même que leur culte était le seul vrai culte, qu'il remontait jusqu'à l'Eglise primitive. C'est ainsi qu'ils établissaient leur descendance des sectes des deux premiers siècles.

Mais s'ils avaient un culte, ils en avaient banni tout ce qui est matériel. Pour adorer Dieu, disaientils, il n'est pas nécessaire d'une maison de pierre :

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Dieu n est-il pas partout où deux ou trois sont assemblés en son nom*? Aussi tenaient-ils leurs assemblées où que ce fût. Quelquefois ils se réunissaient dans des maisons, plus rarement dans des temples. La salle ne devait être parée d'aucun ornement : un banc, une table couverte d'un linge blanc, surlequelreposaitlelivredesEvangiles, ouvert au chapitre 1er de Y Evangile selon saint Jean : c'était tout lapprêt. Ils n avaient ni cloche, ni chaire, ni statue, ni peinture, ni croix. Lacroix surtout leur était en horreur, parce que, disaientils, elle rappelait le triomphe du Dieu mauvais (1).

Le service religieux était présidé par un ministre, ou, en l'absence d'un ministre, par un Parfait. La réunion s'ouvrait par la lecture d'un passage du Nouveau Testament (2), quun ministre inter-

(1) Lib. Sent., p. 13"2. — Pendant et après la guerre , ils se réunissaient dans les forêts . nombreuses^alors dans le Languedoc. « La confession de Guill. Carrière devant les Inquisiteurs place sous nos yeux la vie de ces Outlawos. Un jour lui et son compagnon d'hérésie , Julien, cheminaient dans la forêt de Reite , lorsqu'un chien se mit à aboyer après eux. Au bruit que faisait l'animal , un certain Pierre Aycart , de Verdun , accourut et leur demanda qui ils étaient : « Retirez-vous leur dit cet homme , ici sont les proscrits» (faiditi); et aussitôt Carrière et son compagnon revinrent sur leurs pas pour prendre une autre direction.» (M. Dulaurier, Mémoire de Belliomme , pièces justif., p. 138. )

(2) Lib. Conf., P 233.

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