‹ Les AlbigeoisChapitre 134 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE

Mais à côté de ce bien réel, et contrairement à ce progrès incontestable, il est facile cependant, quand on étudie le xie siècle, de surprendre, dans la société civile et dans la société religieuse, des causes non moins réelles de mal et de désordre. Henri II était un prince admirable par ses vertus; mais il eût rendu à l'Église un service signalé, s'il eût lui-même arraché toute racine d'agitation et de trouble. Par suite d'un ancien privilège, les empereurs d'Allemagne élisaient le pape, investissaient de leur pouvoir les évêques et les abbés, en leur donnant la crosse et l'anneau. Henri II , avec sa profonde piété , eût dû comprendre que ce privilège était d'abord tout personnel , et que d'ailleurs, eût-il été attaché à la couronne , avec •tel prince moins bienveillant , il menaçait l'Église des abus les plus criants. À peine Henri III fut-il monté sur le trône (1039), que l'on put déplorer les graves inconvénients de ce privilège. Sous son règne, les plus grands malheurs fondirent sur l'Église. Les historiens les ont racontés, l'âme navrée de douleur. L'Empereur avait le privilège d'élire le Pape , concurremment avec les cardinaux et le peuple de Rome. Qu'arrivait-il '? Quand un pape élu par les cardinaux déplaisait à l'Empereur, celui-ci, qui disposait du vote d'un grand nombre d'évêques, et qui, au besoin, avait à son service une armée formidable,

faisait élire un autre pape. Ainsi, Ton vit avec tristesse, sous le pontificat de Grégoire VI (1046- 1048), Suitger, évêque de Bamberg, prétendre au trône pontifical et prendre le nom de Clément 11; mais Grégoire VI fit preuve d'un vrai désintéressement apostolique , qui honore sa mémoire : imitant saint Grégoire de Nazianze, qui, pour le bien de la paix, s'était démis du siège de Constantinople, il renonça à la dignité pontificale. Sous le pontificat suivant, quand saint Grégoire VII, doué d'une énergie qu'on ne saurait trop louer, déclara vouloir terminer avec Henri IV la querelle des investitures, l'Empereur lui opposa Guibert de Ravenne, qui prit le nom de Clément III. Qu'on imagine la situation qui était alors faite à l'Eglise : deux partis en présence, des luttes continuelles, dont le premier résultat était des accusations réciproques et calomnieuses, des divisions, même des combats. La robe sans couture du Christ, violemment déchirée, était livrée à toutes les ambitions intrigantes. C'était la désolation dans le lieu saint (1).

Ces divisions, soulevées autour du Siège Apostolique, se reproduisaient dans les monastères, dans les diocèses, dans tous les royaumes, où chacun, par religion, se croyait obligé d'embrasser

(1) On sait avec quelle douleur profonde saint Pierre Damien déplora les malheurs de l'Église de Rome, quand l'impie Cadalaùs se fut emparé du Siège Apostolique.

Page 1