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DEUXIEME PAKT1E. — CHAPITRE III

nos pays : plus d'un revint de la croisade converti aux principes de Manès.

Toutes ces causes multiples et diverses, qui se rencontrèrent ensemble, ne détournèrent que davantage l'attention de l'Eglise. Au reste, n'oublions pas que, pendant les trente premières années du xie siècle, le néo-Manichéisme vécut dans le secret \ il se déroba avec une rare prudence. Nous avons constaté qu'il ne se produisit qu'à mesure que les circonstances devinrent plus favorables. Mais , ces circonstances venues, il se répandit en Italie et en France avec une rapidité qui, si le monde n'eût été occupé à d'autres graves intérêts , lui eût inspiré de l'effroi.

Mais à côté de ces causes générales se placent d'autres causes plus particulières ; car l'état particulier de la France, et surtout de la Provence et du Languedoc, autant que l'état de l'Eglise universelle, contribua, pour sa part, à ouvrir au néo-Manichéisme les voies les plus larges : il empêcha, du moins, d'élever contre lui des barrières. 11 suffit de parcourir les canons des conciles particuliers tenus en France au xie siècle, pour se convaincre que, lorsque dans une nation le sacerdoce ne veille pas et néglige quelques-uns de ses devoirs sacrés, ] ennemi ne tarde pas à entrer dans le bercail, trouble les âmes et les entraîne loin de Jésus- Christ.

En France, les désordres étaient aussi grands

qu'en Allemagne et en Italie. Le mal remontait à une époque déjà ancienne. Les conciles du commencement du Xe siècle faisaient déjà un tableau peu flatteur des mœurs du temps, et se plaignaient que des habitudes de vie trop facile eussent remplacé les vertus austères (1). Ce mal provenait surtout de l'immixtion des laïques dans l'administration de TEglise. Ainsi on avait vu à la mort de Seulfe, archevêque de Reims (925), Herbert, comte de Vermandois, faire élire à sa place un de ses enfants, qui n'avait pas encore cinq ans accomplis (2). Un fait de cette nature était rare, à la vérité, même dans ce siècle ; mais il nous montre cependant la tendance usurpatrice des grands et des seigneurs. Effectivement, au xr siècle, des laïques puissants confiaient souvent une église ou une abbaye à un clerc, qui l'achetait, sans que ni les uns ni les autres eussent consulté Févêque et obtenu son consentement. Aussi le Concile d'Orléans (1022)

(4) Pour ne citer que les conciles tenus dans le midi, Arnuste, archevêque de Narbonne, et onze autres prélats se réunirent à Jonquières (mai 909), aujourd'hui petite commune de l'Hérault (Conc. t. ix, p. 524). — Arnuste avait , en 902 , assisté à un autre concile , avec Rostang d'Arles, et quelques autres évêques ( Marten. Anec. t. 4, p. 69).

(2) Cette élection fut approuvée par le roi Raoul et confirmée par le pape Jean X. (Flod. chron. an. 925, ap. D. Rivet, Histm litt. de la France, État des lettres au T* siècle)

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