DEUXIÈME PAKTIE. CHAPITRE III
clergé zélé, saint et savant, appliqué au devoir de la prière et au soin des âmes, est respecté, aimé et vénéré, autant il tombe dans le mépris quand il descend plus bas que le niveau de la vertu simplement humaine, car c'est toujours au préjudice du salut des âmes et de la gloire de Jésus-Christ. On le vit en France au xie siècle. Les peuples , ar.imés cependant d'une foi profonde, mais mécontents , n'acceptèrent plus du prêtre la pénitence canonique ; ils n'eurent ni la même confiance , ni la même obéissance ; et quand les conciles tentèrent de faire revivre l'austérité de la discipline ecclésiastique, les prêtres ne crièrent-ils pas à la tyrannie? Et les peuples , toujours portés à se souvenir du mal et à regarder le fait de quelques-uns comme la suite d'un état général, blâmaient l'êpiscopat tout entier , dont quelques membres recevaient pour les ordinations des présents magnifiques (1), et flétrissaient cette simonie dissimulée, plus odieuse et plus criminelle que la simonie ouverte.
Dans le Languedoc et la Provence, où le néo- Manichéisme faisait tous les jours de nouveaux progrès, l'état général des esprits semblait empirer encore.
Le Languedoc n'avait pas participé à ce mouve-
(1) Concil. AureL, Gan. m.
ment de retour vers les lettres, les sciences et tes arts, qui commença à se produire dans les pays du nord au xe siècle (1). On cite parmi les hommes distingués de ce siècle à peine deux noms, inconnus assurément de la plupart de nos lecteurs : Durand, abbé de Castres (2), et Bernard, neveu d'Aymerb, archevêque de Narbonne, qualifié de grammairien dans le testament de ce prélat (977), et qui signait Philagramme, c'est-à-dire ami des lettres. Au siècle suivant, le Languedoc fut en retard, même sur les pays les plus voisins : la Provence l'emporta de beaucoup sur lui. Ainsi, pendant que parmi les hommes de ce temps qui cultivèrent les lettres, on cite, pour le Languedoc, Isarne de Toulouse, élève de l'école de Frédelèze; on cite, pour la Provence, Wifroi (1021), Ponce, Raymbald, Aycard, qui furent successivement élevés sur le siège d'Arles ; Pierre , archevêque d'Aix (1103); Raymond II, devenu évêque de Marseille (1110). La Provence nous donna même de son abondance : Richard , moine de Saint - Victcr de Marseille, occupa avec honneur l'illustre siège de Narbonne (3). Saint Lambert, devenu évêque de Vence, illustra Lêrins (1114). Le moine
(1) Hist. litt. État des lettres en France au x« siècle , t. vi, p. 42.
(2) Spicil., t. vu, p. 344.
^3) Mabillon, An. passïrn.