DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE III
n'osera nier l'influence du caractère sur les idées d'un peuple. Que d'hommes pensent mal, à raison de leur caractère ! Que de peuples aussi se jetent dans l'erreur , emportés par la violence de leur tempérament ! Parmi ces peuples , il faut surtout compter ceux dont la nature est vive , impressionnable et mobile. C'est pour cela que les erreurs populaires, il convient de les juger en tenant compte des passions et des entraînements. Mais malheur à ceux qui donnent des prétextes à ces entraînements précipités , à ces révolutions dans les idées et dans les mœurs ! Nous devons reconnaître loyalement que le clergé du xne siècle, nonseulement ne fut pas assez fort pour prévenir les bouleversements résolus par les néo-Manichéens, mais encore sembla donner lui-même le prétexte ou lexcuse. On avait trop à se plaindre de lui; la plainte commune traversa comme un éclair tous les rangs de la société, qui s'en empara avec une précipitation que nous oserions appeler coupable, si l'entraînement n'appelait pas l'indulgence.
Pour apprécier la mesure de cet entraînement devenu proverbial tant il est facile, on n'a qu'à lire la plainte de Béringer, vicomte de Narbonne, contre son évêque. C'est en plein concile, à Toulouse (1056) , en présence de Raymbald , archevêque d'Arles, et de Pons , archevêque d'Aix, tous deux légats de Victor 11, qu'il accuse Guifred, ar-
chevêque de Narbonne, d'avoir d'abord acquis ce siège par la voie coupable de la simonie, puis d'en avoir enlevé les tables ornées d'or, les pierres précieuses, les couronnes réservées aux statues des Saints , et les biens immeubles. « Quand il fut assis sur son siège, s'écria Béringer avec force en parlant de l'archevêque, quand avec 1 âge les honneurs s'accrurent pour lui , j'avais confiance qu'il serait mon guide et mon bouclier , qu'il se souviendrait d'Ermengaud, mon parent et son prédécesseur, surtout qu'il n'oublierait pas combien j'avais contribué à le faire élever à cette place d'honneur ; que , comme il me lavait promis , il m'aiderait toujours à soutenir l'honneur de mon nom. Mais il s'est élevé contre moi; et, comme un démon , il m'a accusé avec orgueil et à l'improviste; il m'a provoqué, il a excité ma colère; et, prenant les armes contre moi, il m'a fait une guerre cruelle, dans laquelle il a péri près de mille hommes de chaque côté ; il a détourné les maisons de campagne et les autres possessions de l'Eglise de Narbonne, ainsi que les biens des chanoines ; il les a enlevés à Dieu et à ceux qui le servent, pour les donner au démon et à ceux qui combattaient pour lui » (1).
Dans une autre lutte , armée cette fois, qui sen-
(1) Concilia Galliie Narbonnensis ; Baluzius , Paris . 1668, p. 11. Querimonia Berengarii adversus Guifredum.