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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE III

étrangers, de bénir les époux ; écarts vraiment surprenants, inouïs dans la société chrétienne, car en tout temps, et surtout aux époques de la plus dure barbarie, l'Église avait couvert de sa protection les enfants, les pauvres, les mourants et les morts.

La plainte de Béringer nous révèle une autre cause de désordre et de mal, que nous avons déjà signalée ailleurs, mais qui paraît avoir été plus tenace dans le midi. Béringer réclamait contre les déprédations de Guifred; mais à quel titre? Etaitce au nom des âmes asservies ou de l'Eglise offensée? Nullement ; mais uniquement parce qu'il était par sa femme l'héritier d'Ermengaud , prédécesseur de Guifred. Comment cette parenté avaitelle à s'intéresser aux affaires de l'Église de Narbonne ? C'était donc une lamentable calamité que les laïques possédassent les bénéfices avec le pouvoir de les diviser comme leurs biens patrimoniaux et de les vendre. Les choses en étaient à ce point que les possesseurs laïques des bénéfices emportaient tout, même les offrandes des fidèles. Des femmes se tenaient près de l'autel, et en présence même des assistants s'emparaient de ce que la piété de chacun offrait à Dieu (1); de telle sorte que le clergé, pour sauvegarder son indépendance et

(1) Vêtus chartularium Ecclesim Cadurcensis .

sa dignité, devait racheter l'Eglise (1), c'était l'expression consacrée : servitude honteuse qui ne peut s'expliquer que par le malheur des temps ; servitude qui portait avec elle mille querelles sans cesse renouvelées, des débats interminables, des plaintes amères, des inimitiés, des oppositions, des haines. Selon l'expression d'un poète du temps, c'était partout, plus encore dans les provinces du midi que dans celles du nord ,

« Fraus, raptus, quodcumque nefas dominatur in orbe; Nullus honor sanctis, nulla est reverentia sacris, Hinc gladius, pestisque, famés populantur ubique, Nec tamen impietas hominum correcta pepercit » (2).

Béringer, dans sa plainte contre Guifred, s'était vivement élevé contre la simonie. Cependant, et c'est un des traits de ce siècle troublé, à la mort de l'archevêque turbulent , il ne manqua pas d'intriguer pour faire élever son frère Pierre sur le siège illustre et lucratif de Narbonne !

Mais Dalmatius fut élu canoniquement. Pensezvous queBéringer se soumit? Une se tint pas pour battu : Pierre prit possession de l'archevêché , et il fallut, pour chasser l'intrus, le caractère droit et inflexible de Dalmatius, en même temps que l'énergie indomptable de Grégoire VII. Dalmatius reçut bientôt de Rome des lettres qui approuvaient

(1) « Redimere ecclesiam ».

(2) Rndulp. Glaber. lib. ni, cap ix.

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