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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IV

Saint-Gilles à Narbonne. Les relations qu'ils avaient avec les étrangers , qui accouraient sur nos rivages alors très-fréquentés (1) , leur ménageaient des rapports suivis avec les habitants mêmes du pays. C'était, avec les importations commerciales, un échange continuel d'idées, d'appréciations, d'aspirations, de désirs. Les esprits peu à peu se faisaient à cette pensée que le christianisme pouvait bien ne pas être la vérité religieuse; la foi s'affaiblissait , et on pouvait prévoir déjà que le premier ébranlement général et un peu violent produirait des défections, ferait des transfuges, et peut-être des ennemis de l'Église.

Ce fut, en effet, l'œuvre des Albigeois. L'état général des mœurs des populations provençales et languedociennes rendit cette œuvre facile.

Le pays qui s'étend du Rhône à la Garonne, connu au xir siècle sous le nom général de Provence et de Languedoc, et formant, depuis leur réunion à la couronne, le midi de la France, était compté, à l'époque qui nous occupe, parmi les provinces les plus riches de l'Europe (2), les plus favorisées sous le rapport du climat et des productions du sol. Mais, comme cela arrive la plupart

(1) M. Lentheric, les Villes mortes du Golfe de Lyon.

(2) « Vous auriez entendu les Troubadours raconter comme ils étaient régalés et entretenus dans les cours qu'ils visitaient (il s'agit ici de la cour de Provence). Vous

du temps, par une sorte de réprobation demeurée sur l'homme, le luxe, l'amour des plaisirs, le vice s'étaient développés en même temps que cette prospérité matérielle ; avec le luxe, avec l'amour des plaisirs et le vice, étaient nées l'indifférence d'abord, puis l'hostilité à l'Eglise, enfin l'irréligion.

Cette excessive richesse provenait de la culture de la vigne. Comme on l'a vu pendant les dernières années qui viennent de s'écouler, la vigne est une source féconde de bien-être ; elle porte l'abondance. Mais, chose frappante, qu'il a été facile de constater plusieurs fois dans le cours de l'histoire, la vigne, partout où elle a été cultivée sur une vaste étendue, ne s'est pas maintenue. Au commencement du xiii6 siècle, elle fut détruite à la suite et par un effet de la guerre entreprise alors contre les Albigeois. Elle avait été cultivée pour la première fois dans la Gaule Narbonnaise sous Marc-Aurèle, qui en accorda la permission , car la culture en était réservée à l'empereur. Cette culture, d'abord peu étendue, prit quelque développement au ve siècle et dans les siècles suivants ; au xne siècle elle était à la fois et luxuriante et commune. Elle jetait l'or

auriez vu aussi les selles de leurs chevaux garnies de flocons , des équipages superbes , des brides dorées , des palefrois, que vous auriez été dans l'admiration. »

Peyre Vidal , ;cité par Papon , Voyage littéraire en Provence, in-4'2, p. 34.

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