‹ Les AlbigeoisChapitre 16 sur 313 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE

tion détestable. 11 vint à Rome après la mort du pape Hygin ; on dit qu'il prétendit à la papauté : mais Dieu écarta du trône pontifical un ambitieux sans mérite. De dépit, il s'engagea dans le parti de Cerdon, et à l'exemple de son maître, il se fit l'apôtre de ses erreurs en Orient, sans penser peut-être qu'il les avait reçues du pays même où il les enseignait.

11 admettait deux principes : Dieu et la matière. Comme Basilide, il donnait au Dieu suprême le nom de Dieu bon, et au Dieu créateur, celui de Dieu juste (1). Pour lui, la madère éternelle était la seule cause du mal. Le Créateur n'avait qu'accidentellement produit, en ce sens que la matière, vraie cause du mal, était sortie de ses mains

Comme Basilide et Bardesane , il rejetait l'Ancien Testament ; il ne reconnaissait du Nouveau qu'une partie de l'Évangile selon saint Luc. Il niait la nature humaine du Sauveur, et dès-lors sa naissance d'une vierge. Quand Jésus avait été livré aux Juifs et attaché à la croix, quand il avait été mis au tombeau , tous ces faits de la Passion , dont le récit a une si grande puissance d'émotion, ne s'étaient produits qu'en apparence. 11 n'y avait eu ni souffrances, ni mort, ni résurrection, disait-il.

Marcion, dont la pensée marquait si peu de pro-

(1) Voir la Dissertation de Noël Alexandre sur Marcion, ne siècle.

grès sur celle de Basilide et de Bardesane, eut pourtant une nouveauté, qui se reproduira chez les Manichéens et les Albigeois. 11 partagea ses disciples en deux classes : celle des Parfaits et celle des Adeptes.

L'usage de la viande était proscrit pour les Parfaits, qui ne se nourrissaient que de poisson et qui jeûnaient le samedi.

Les Manichéens du xne siècle pousseront cette idée jusqu a sa dernière conséquence, et achèveront l'oeuvre des Marcionites , et c'est ainsi qu'ils appartiendront à la même école d'erreur que les disciples de Simon le Magicien, des Gnostiques , de Valentin, de Cerdon, de Marcion, de Basilide, de Bardesane. Les noms dont quelques-uns de ceux-ci se firent appeler , se disant fils de Dieu , envoyés de Dieu, les prodiges qu'ils prétendirent faire , les extravagances auxquelles l'imagination échauffée des autres se livra, ne sont nullement la preuve qu'ils annonçaient une doctrine inconnue jusqu a eux. Ils ne se servirent de ces noms usurpés et de ces prodiges prétendus que pour séduire les foules. Mais leurs extravagances furent, à leur manière , un hommage rendu à la vérité , car le travers restera toujours inséparable de l'erreur.

Terminons ce premier chapitre par un mot sur Scythien. Son nom a trompé quelques auteurs, qui

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