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DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV

nières années peut donc nous représenter l'état des populations du xne siècle. Les circonstances de richesse ont été les mêmes ; les esprits étaient alors aussi indifférents qu'aujourd'hui, et si les différences de l'état politique et de l'état communal sont bien marquées, en tout le reste ces deux sociétés se ressemblent à six cents ans de distance. On en vint; au temps des Albigeois, jusqu'aux folies les plus singulières : à la Cour plénière tenue à Beaucaire en 1172, par Raymond V, ce fut extravagance et ridicule. « Les princes et les seigneurs provençaux , qui s'étaient rendus en grand nombre, pendant l'été, au château de Beaucaire, y célébrèrent diverses fêtes. Le roi d'Angleterre avait indiqué cette assemblée pour y négocier la réconciliation de Raymond, duc de Narbonne, avec Alphonse, roi d'Aragon f mais les deux rois ne s'y trouvèrent pas pour certaines raisons, en sorte que cet appareil ne servit de rien. Le comte de Toulouse y donna cent mille sols à Raymond d'Agout, chevalier, qui, étant fort libéral, les distribua aussitôt à dix mille chevaliers qui assistèrent à cette cour. Bertrand Raimbeau fit labourer tous les environs du château et y semer trente mille sols en deniers. On rapporte que Guillaume Gros de Martel, qui avait trois cents chevaliers à sa suite, fit apprêter tous les mets dans sa cuisine avec des flambeaux de cire. La

comtesse d'Urgel y envoya une couronne estimée quarante mille sols ; on avait résolu d'y établir pour roi de tous les bateleurs un nommé Guillaume Mite, s'il ne se fût absenté. Raymond de Venous fit brûler par ostentation trente de ses chevaux devant toute l'assemblée » (1).

Si la richessse avait développé à ce point la vanité et l'ostentation, combien d'autres passions n'avaa-elle pas éveillées alors comme aujourd'hui! Que d'hommes qui tenaient d'abord à la fortune, ensuite à la conscience ! Quand nous voyons l'homme faire si bon marché de richesses enviées, des malheurs de conscience plus désastreux encore sont à redouter. 11 est â craindre qu'avec la notion du devoir, celles de la délicatesse, de l'honneur et du respect aient disparu. On vit alors, en effet, la société elle-même menacée de périr, car la famille semblait se dissoudre Pour le plus léger motif, une première femme était renvoyée et remplacée. Certains seigneurs eurent successivement jusqu'à six femmes !

Pierre d'Aragon avait d'abord épousé Grécie, mère d'Emmanuel, empereur de Constantinople, femme de Guillaume de Montpellier. Mais bientôt, ambitionnant de devenir le maître de Montpellier, il répudia Grécie pour épouser Marie, sa fille. Et

(1) Gaufrid, p. 321, cité par Cayla et Perrin-Daviot , Hist. de Toulouse, liv. vm.

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