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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IV

la fille ne refusa pas de s'unir à celui qui avait été le mari de sa mère ! Pierre d'Aragon garda Marie pendant quelque temps, mais il ne tarda pas à la renvoyer. Plus tard seulement, quand il fut pressé par les évêques, il se réconcilia avec elle. Mais Marie fut renvovée une seconde fois ; elle dut fuir et aller chercher asile auprès du pape. Elle mourut bientôt à Rome , après avoir expié la facilité légère avec laquelle elle s'était donnée à celui qui avait si indignement trompé sa mère (1).

L anecdote suivante nous dépeint dans le vif et le piquant de la vie réelle la légèreté de ce siècle. C'était trois jours avant la bataille de Muret (1213), qui devait décider du sort des Albigeois. Pierre II combattait pour Toulouse contre Simon de Montfort. Celui-ci allait à Muret rejoindre les siens et passait par Pamiers. « Jai entendu raconter, il y a bien des années, dit Guillaume de Puylaurens, les détails suivants par messire Maurin , abbé de Pamiers, personnage digne de foi et de toute sorte d'éloges : « J'étais alors, disait -il, prieur de Pamiers , et j'étais chargé de veiller à sa sûreté. Je m'avançai jusqu'à Balbonne , au-devant du comte Simon de Montfort, qui y arrivait. Comme il m'annonçait qu'il allait au secours des assiégés (de Muret), et qu'il engagerait même le combat

(1) Guill. de Puylaurens , Chron., chap. xi.

contre les assiégeants, s'ils l'attendaient en rase campagne, je lui répliquai : « Vous n'avez, sire A comte, qu'un petit nombre de lances en comparaison de vos adversaires. A leur tête se trouve le roi d'Aragon : c'est un guerrier de grande expérience et d'un courage éprouvé. Il a avec lui les comtes et une armée formidable. La partie n'est pas égale pour vous, si l'on considère d'un côté votre faiblesse, et de l'autre la multitude qui se presse autour du roi. » A ces mots, le comte tira une lettre de son aumônière, en médisant: « Lisez cette lettre. »

» Je la lus. Elle était adressée par le roi d'Aragon à une noble dame, femme d'un seigneur du diocèse de Toulouse. Le roi lui faisait des compliments et lui disait : « C'est par amour pour vous que je vais chasser les Français de notre pays ! » Et il ajoutait mille tendres propos.

» Quand j'eus terminé cette lecture : « Quelle conséquence tirez-vous de cela? » demandai-je au comte deMontfort.

» Celle-ci, répondit-il : c'est que Dieu me sera en aide ; c'est que je ne crains pas le roi d'Aragon, et que je ne crois pas qu'il soit capable de faire reculer les serviteurs de Dieu , puisqu'il nous combat pour l'amour d'une femme » (1).

(4) Guill. de Puylaurens , Chron., chap. xxi.

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