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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IV

Trois jours après, Pierre d'Aragon était tué et son armée vaincue.

Bernard, comte de Comminges, avait eu de sa femme Marie deux filles qu'il unit, Tune à Sanche de Barre , l'autre à Centulle , comte d'Astarac. Mais rien, ni les promesses, ni l'affection, ni d'aimables enfants , ni la vertu , n'empêcha Bernard de répudier sa femme et d'en épouser une autre.

Raymond VI, comte de Toulouse, dont le nom reviendra si souvent dans la suite , avait eu de Béatrix, sœur de Trencavel, vicomte de Béziers, une fille qu'il donna en mariage au comte de Navarre. Mais celle-ci ne tarda pas à être renvoyée. Que fit son père , dont le devoir était de protéger l'honneur et la faiblesse de sa fille ? 11 la maria aussitôt à Pierre de Bernard de Sauves (1). Quoi d'étonnant dans cette conduite vraiment indigne? Lui-même n'avait-il pas eu jusqu'à cinq femmes : Ermessinde de Pelet, Béatrix de Béziers, Bourguigne de Chypre , Jeanne d'Angleterre et Eléonore d'Aragon?

Le lecteur n'a qu'à consulter les diverses généalogies des grandes familles du Languedoc et de la Provence, celle des comtes de Toulouse, celle des vicomtes de Béziers et de Carcassonne, celle de Pierre d'Aragon, celle des comtes de Provence;

(1) Guill. de Puylaurens, Chron., chap. v.

il se convaincra facilement que, en ces temps éloignés , répudier la femme légitime et en prendre une autre était un fait de tous les jours.

Le sentiment conjugal avait donc péri dans le cœur d'un grand nombre. La cause principale en fut à la galanterie qui naquit avec les Trouvères et qui devint universelle avec la chevalerie. Nous ne parlerons pas des poètes du nord : des Romanciers qui avaient commencé à paraître sous Louis le Débonnaire , des Troubadours qui vinrent plus tard, des Comics , des Conteurs qui composaient des poésies, des Cantadours , des Jongleurs, des Violards, des Musars qui les chantaient. Au xne siècle , dans le midi , il fut de bon ton, pour chaque dame, d'avoir un Trouvère qui composait des vers à sa louange , et pour chaque Trouvère, de chanter la dame de ses pensées; et plus d'une fois celui-ci oublia les nobles sentiments de ses émules du nord. Armand Daniel adressa ses premières chansons à la femme de Guillaume de Boville, grand seigneur de Gascogne, qu'il appelait mon bon esper (mon bon espoir), miels de ben (et mieux que bien). Arnaud de Marveil célébra dans ses vers Adélaïde de Burlats, vicomtesse de Bèziers, femme de Roger II Trencavel; mais il dut se retirer devant un rival dangereux, Alphonse, roi de Castille. Bérenger de Palasol s'attacha à Ermesine, femme d'Arnaud

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