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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IV

d'Avignon. Bertrand d'Allamanon, Pierre de Botignac, Giraud de Salagnac suivirent le courant du temps et de l'opinion. Gavaudan composa entre autres œuvres deux Pastourelles : dans Tune, la bergère parlait de la sagesse de Salomon, et dans l'autre elle s'autorisait de la faiblesse d'Eve pour excuser la sienne. Guillaume de Balaun, après s'être brouillé avec celle qu'il avait chantée, lui faisait la proposition suivante : « Adressonsnous à un prêtre : vous me donnerez votre absolution, vous recevrez la mienne, et nous pourrons ainsi loyalement former de nouvelles amours. » Pendant que Guillaume de Saint-Didier était amoureux d'Adélaïde , marquise de Polignac, celle-ci se donnait à Hugues Mareschal ; et luimême , à son tour , s'attachait à la comtesse de Roussillon. Peyrols d'Auvergne était coimu pour ses dérèglements. Pierre Raymond, tout en écrivant des poésies contre les erreurs des Ariens (les Albigeois), reprenait les rois de France et les empereurs de ce qu'ils se soumettaient aux prêtres et aux évêques. Pierre Rogiers fut comblé de bienfaits par Ermengarde, vicomtesse de Narbonne. Nous possédons encore douze chansons galantes de Pons de la Garda. Raimond de Durfort, Albert Cailla, Guérin, Raymond Jordan, vicomte de Saint-Antoni, Sail de Scola, Guillaume Mite, Bernard de Ventadour, Pierre Vidal et une infinité

d'autres, loin de s'affranchir d'un genre qui sacrifiait le sentiment conjugal, lui donnèrent comme un nouvel essor (1). A ce jeu dangereux l'esprit trouva de jolis mots , des tours agréables , des assemblages heureux. « Gersense de Sabran, comtesse de Provence et mère de Raymond Bérenger, aimait les talents et cette galanterie romanesque , si propre à flatter les goûts et la vanité des personnes de son sexe. Son troubadour qui , dans toutes ses chansons , vantait l'esprit , le mérite , la courtoisie, l'honnêteté et le savoir de cette princesse, disait ingénieusement que, pour se rendre digne d'elle, il voulait prendre à Aimar sa politesse, à Trincaleo sa gentillesse, à Rendos sa générosité, au Dauphin ses réponses obligeantes, à Pierre de Mauléon sa plaisanterie, au seigneur Beraud sa bravoure, à Bertrand son esprit, au beau Castillon sa courtoisie, à Nebles sa magnificence, à Miravals ses chansons, à Pons de Cap sa gaieté, à Bertrand de la Tour sa droiture. Un tel amant, disait-il, serait parfait ; tous deux vous ne sauriez manquer de vous aimer, à cause de la ressemblance » (2). Un autre disait : « Tout me peint la dame que j'aime : la fraîcheur de l'air, l'émail des prés, le coloris des fleurs , en me retraçant quelques-uns

(1) Voir, pour l'histoire de ces poètes, Hist. litt. de la France, t. xv.

(2) Papon, Voyage en Provence, p. 65.

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