‹ Les AlbigeoisChapitre 174 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE V

prendre. Tant d'esprits souffraient de la vérité absente! Au reste, Henri avait mis le trouble dans les familles. On avait vu le fils se séparer de son père, et la fille de sa mère. Les querelles religieuses, de toutes les plus implacables, avaient semé partout la division. Les hommes sensés demandaient à grands cris que ces désordres finissent. Saint Bernard apparut donc à tous comme l'homme de la paix, de la concorde et du pardon. La vertu parlait dans ses paroles et dans ses œuvres. Plus que jamais, on vit que ce nestpas en vain que les saints foulent sous leurs pieds sacrés une terre coupable : leurs travaux la sanctifient.

Au reste, rien ne manqua à cette mission, pas môme les prodiges. On se croyait revenu aux temps apostoliques. Les niiracles nombreux que le saint opéra furent la plus éloquente répense aux accusations des Albigeois.

A Sarlat, Dieu se plut à manifester en lui sa bonté. Partout où Ton prêchait , c'était une coutume, à cette époque, de bénir, après le sermon, les pains offerts , qui étaient ensuite distribués aux assistants : image de la nourriture spirituelle qu'ils venaient de recevoir. Le moine Geoffroy raconte que le saint , après le sermon , ayant béni par un signe de croix les pains qu'on lui présentait , sécria : « Par ce pain , vous saurez

si notre enseignement est vrai, et celui des héréti-

ques faux. Tous les malades qui mangeront de ce pain recouvreront la santé. » En entendant l'abbé parler de la sorte, l'évêque de Chartres s'approcha de lui et lui dit : « Ils seront guéris , s'ils le prennent de bonne foi. » Mais le missionnaire, qui ne doutait pas de la faveur divine, ajouta : « Pour moi, je ne parlerai pas ainsi ; en vérité tous ceux qui goûteront de ce pain seront guéris, afin que l'on reconnaisse que nous sommes les envoyés de Dieu. »

L'événement prouva que saint Bernard n avait pas trop présumé. Tous les malades qui goûtèrent de ce pain furent rendus à la santé.

Le bruit de ce fait extraordinaire se répandit dans tous les environs de la petite ville de Sarlat. L'enthousiasme de la foule fut indescriptible, si bien que le saint dut rentrer le plus tôt à Toulouse, pour s'arracher à ce peuple, hier hérétique, maintenant affolé de lui.

Mais, à Toulouse, Dieu se plut à manifester encore la vertu de son serviteur. Un des clercs nombreux de la ville était depuis longtemps paralysé de ses membres. Quand l'abbé et ses frères de l'abbaye de Saint-Saturnin apprirent les merveilles de Sarlat et l'arrivée du saint, ils le supplièrent de leur rendre celui que Dieu leur avait ravi, quoique vivant. Bernard vint donc, à la tombée de la nuit, auprès du malade : il trouva un moribond.

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