DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE V
11 consola d'abord le pauvre malheureux et, après Tavoir béni, il se retira en disant en lui-même ; « Qu attendez-vous, Seigneur? Cette génération demande un signe. Que seront nos paroles, si votre puissance ne les confirme?» Mais à ce moment même, le paralytique se lève et se précipite aux pieds du saint, dont il baise les traces sacrées. L'èvêque de Chartres et le légat sont témoins du fait : ils entrent aussitôt dans l'église, proclament la vertu de Bernard, ils condamnent Henri et rendent gloire à Dieu.
Saint Bernard cependant ne fut pas plus heureux que le divin Maître. 11 eut la douleur de se voir refusé en quelques endroits, notamment à Ver feil (1). Voici ce qu'en dit Puylaurens dans sa Chronique (2) : « Bernard visita le Languedoc et s'arrêta au château de Ver feil, où était alors réunie une grande partie de lanoblesse. Il jugeait avec raison que c'était par là qu'il fallait débuter, et que s'il parvenait à y détruire le venin de l'hérésie, il lui deviendrait plus facile de la vaincre partout ailleurs. Mais aussitôt qu'il eut commencé sa prédication, les personnages les plus élevés en dignité quittèrent l'église et le peuple les suivit. Le saint homme sortit avec eux et se mit à exposer la parole de Dieu sur la grande place ; alors
(4) Castrum Viridisfolii (à 28 kil. de Toulouse). (2) Ghap. t.
les nobles s'enfermèrent de tons côtés dans leurs maisons, tandis qu'il continuait àprêcher au milieu de la populace. Ce ne fut pas tout : des clameurs tumultueuses s'élevèrent, on se mit à frapper aux portes, de telle sorte que la voix de l'apôtre ne put se faire entendre à la foule ».
Malgré cette opposition systématique que le saint rencontra quelquefois, sa mission produisit un bien considérable. Sa prédication fut sans contredit la plus belle réponse aux accusations portées par les Albigeois contre le clergé : par lui , il fut sensible que l'esprit des Saints était toujours avec l'Eglise. Aussi l'abbé de Clairvaux exerça pendant son trop court voyage dans le Languedoc une influence profonde. Cette action de sa parole, de ses vertus et de ses miracles se continua même après son départ. Nous en avons le témoignage du saint luimême Dans la lettre qu'il écrivait aux habitants de Toulouse, un an après sa mission, il leur disait : « A l'arrivée de notre cher père et co-abbé Bernard de Granselve, je me suis réjoui de tout ce qu'il m'a raconté de votre constance dans la foi, de votre affection pour moi, et de votre haine contre l'hérésie. »
Le saint, après les avoir félicités, ajoutait : « La vérité s'est manifestée par nous, non-seulement dans nos discours, mais encore par la vertu de Dieu. Les loups, qui sous le vêtement des brebis