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CHAPITRE VI

Alexandre III (1159). — Concile de Tours (1163), — Concile de Lombers (avril 1165 ). — Meurtre de Raymond Trencavel, vicomte de Béziers (22 juillet 1165).

La joie que les néo -Manichéens éprouvèrent de la mort du cardinal Albéric était fondée, en effet. Pendant les douze années qui suivirent, de 1147 à 1159, ils ne furent plus inquiétés dans leur œuvre de désorganisation et de destruction. D'ailleurs, les idées devenaient de plus en pl as avancées ; la révolte gagnait tous les jours du terrain. C'était comme des représailles terribles, qui enivraient de joie les sectaires ; ils avaient répondu à la mission d' Albéric par un effort et un zèle nouveau, et cet effort était maintenant suivi d'un succès véritable. Rien ne manquait à ces hommes, ni la persévérance ni l'audace ; car, gardons-nous d'oublier quils comptaient des frères nombreux, soit en Orient, soit en Allemagne, soit en Italie, qui les soutenaient , et dont la constance leur donnait sanscesse un courage nouveau. Et déjà on pouvait dire du midi de la France ce que Bonacursus, un

de leurs évêques revenu à la foi, dira quarante ans plus tard (en 1190) de l'Italie, que les bourgs, les villes et les châteaux étaient remplis de faux prophètes (1).

Nous avons précédemment fait connaître l'état des esprits dans le Midi à l'époque qui nous occupe; nous avons déjà fait remarquer que, dans nos contrées, pour mille causes qu'il est inutile de rechercher, l'imagination tend à prédominer sur laraison et devient ainsi la cause d'une impressionnabilité prompte et vive, qui rend attrayante toute nouveauté. C'est ce qui arriva après la mission de saint Bernard. 11 y eut effort de la part des sectaires, et réaction de la part des populations. La plupart des seigneurs commencèrent à considérer les enseignements de l'Eglise comme incompatibles avec l'honneur et avec la joyeuse liberté de la vie. Les bourgeois, enrichis par le commerce oriental, conçurent à leur tour de l hostilité pour le passé. Jaloux d'imiter les nobles en courtoisie et en bravoure, ils se firent en toute chose leurs émules ; jaloux aussi de leur puissance , ils se mirent à bâtir, surtout à Toulouse, clans l'intérieur même de la ville, de vrais châteaux- forts , flanqués de tours qui élevaient vers le ciel leurs fières murailles, comme une menace permanente. Ces

(l i M. Schmidt, loc. cit. — Pièces justificatives , N° 7.

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