‹ Les AlbigeoisChapitre 178 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI

murs cachaient une arrière-pensée, nous le verrons plus tard. Leurs opulentes demeures , fortifiées au centre même d'une grande ville, avaient été construites , non dans un but de défense contre la noblesse , mais pour attaquer l'Eglise. Ils accueillirent donc avec faveur lout ennemi de cette institution divine.

Un esprit d'indépendance et de révolte soufflait partout : là était le courant. 11 ne se déclara pas seulement dans les individus, que Ton vit alors multiplier leurs tentatives de se soustraire à l'autorité du père, du prêtre et du seigneur. Les communes elles-mêmes revendiquèrent leur pleine et entière liberté. Elles tentèrent , pour la plupart, de s'affranchir du protectorat des évêques et des seigneurs, et de tout paiement de la dîme. Les seigneurs résistèrent : de là un esprit de lutte et de révolte; et comme la plupart des communes étaient vassales des évêques, la lutte entreprise pour la liberté municipale prit un caractère plus profond : elle devint religieuse. Les paysans ne savaient pas faire la distinction entre levêque et le seigneur. Pour eux, l'évêque était l'homme de l'Eglise; mais comme , en même temps, ce même homme leur ravissait, disaient-ils, la liberté légitime, ils voyaient là une oppression de l'Église elle-même, dont il fallait secouer le joug.

De cet état de choses violent et forcé était résulté

un esprit de liberté et de tolérance religieuse, nulle part aussi grande, comme nous l'avons vu , qui d'abord accueillit sans trop de faveur toute idée contraire au catholicisme, mais qui, enfin, porta en masse des populations adonnées aux plaisirs faciles vers une secte qui « promettait le bonheur éternel par une simple imposition des mains à l'heure de la mort ». Bientôt l'erreur jouit d'une liberté absolue et de l'estime générale. Quel triste temps que celui où l'on inspirait aux âmes la haine du clergé , qu'on voulait écarter et anéantir à tout prix; où cette œuvre anti-sociale était regardée comme une œuvre de religion , au service de laquelle on mettait et sa fortune , et ses talents et son honneur ! Il est à craindre que ces temps soient revenus pour notre génération abusée ; nos temps sont, en effet, plus durs encore. Lexixe siècle, dans quelques-uns des hommes qu'il a nourris et dont les noms sont présents à toutes les mémoires, non-seulement rappelle la triste époque des Albigeois, mais encore renchérit sur elle en colère et en haine. L'affaiblissement de la foi, plus grand et plus universel que vers 1150, favorise l'accomplissement des desseins les plus impies. Si les Albigeois étaient organisés, s'ils avaient leurs chefs reconnus, s'ils ne manquaient point d'audace, s'ils se comptaient par milliers, non-seulement dans les pays arrosés par la Garonne et le bas-

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