DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VI
sanctuaire la Majesté antique de Notre-Dame des Tables (1), et après avoir mis sa personne, l'Église, la France sous le patronage de la Vierge noire (2) , il se dirigea sur Alais, Mende, Le Puy, Clermont. 11 arriva à Tours, à la fin de l'année 1162. Il y célébra les fêtes de Noël; puis, il se rendit à Paris , pour converser avec le roi Louis des affaires du royaume ; après Pâques, il revint à Tours, et y célébra le concile déjà annoncé (3).
Ce concile ne fut pas réuni uniquement pour traiter des néo-Manichéens ; mais il formula contre eux un canon d'une sérieuse importance. Il fut présidé par le pape; il compta dix-sept cardinaux, cent vingt-quatre évêques et quatre cent quatorze abbés; il sembla appelé à affaiblir l'hérésie, nonseulement sur les bords de la Loire et dans le nord de la France, où elle s'était déjà montrée, mais encore dans le Languedoc : car les évêques des provinces de Lyon, de Narbonne, de Vienne, de Bourges, de Reims, de Rouen , de Tours, y furent présents.
(1) La Magestat antiqua de Nostra Doua de, Taulas. Voir Mougêres , publié par Mgr. de Cabrières , note I.
(2) C'était la statue qu'on honorait primitivement dans le sanctuaire de Notre-Dame des Tables
(3) Concil. coll. t. x, p. 1411 . Cf. Sigeberti continùator. — Johannes Tilius , in Ghronico de regibus Francorum, an m cl xiv qui est la xxvn Ludovici Jvniorrs — Romualdus , Archiep. Salernit. — Hist. Uzeliac.
C est le 19 mai 1163 que la première réunion conciliaire se tint clans l'église Saint-Maurice, à Tours. Le concile s'ouvrit par cette affirmation grave et significative cTArnoul, êvêque de Lisieux, que la question de l'unité et de la liberté de l'Église était la question la plus importante à examiner, que le concile devait la traiter sans retard. L'unité et la liberté sont nécessaires à l'Église , dit-il : sans la liberté, elle se trouve dans un état d'esclavage, et sans unité, elle n'est plus rien. Or, pour elle, être misérable et n'être rien, c'est une seule et même chose. Dans le moment présent,, son unité est menacée par les schismatiques , et sa liberté par les tyrans. Mais Dieu ne permettra pas que ses ennemis aient la victoire ; car, par suite de l'union mystérieuse du Christ et de l'Église, il n'est pas possible de déchirer son unité et de la priver définitivement de toute liberté. Mais son unité ne sera maintenue que si la paille se sépare du froment ; elle en sera même fortifiée. Quant aux tyrans, ils peuvent enlever à l'Église ses biens temporels, retirer même la vie à ses serviteurs; mais l'Église n'en a pas moins droit à la liberté, et elle punit ces tyrans par l'excommunication, comme on punit par le cachot les mauvais esclaves (1).
(1) Héfélé, Hist. des Conc, t. vu. — Le discours d'Arnoul est donné par Mansi, Conc. t. xxi, p. 41G7; par Hardouin, Conc. t. vi, p. 11, p. 1589; par Baronius, Annal, t. xxi,
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Sans doute, l'orateur n eut pas uniquement en vue l'hérésie Albigeoise; il sembla ne soutenir que la cause d'Alexandre III contre Octavien; mais son discours tendait aussi à la répression de l'hérésie qui divise l'Eglise er qui en tout temps cherche à s appuyer contre plie sur le pouvoir des princes.
Le pape fit connaître à l'assemblée la vérité sur son élection ; puis il anathématisa Octavien et tous ceux qui avaient participé à son crime, spécialement Rainai d Dassel de Cologne et Hugo 111 de Montléry, abbé de Cluny. Il fut ainsi reconnu pour le pape légitime; et, son pouvoir une fois établi devant le concile, il porta, de concert avec les êvêques, un canon célèbre contre les Albigeois. Après avoir constaté que l'hérésie s'était répandue, comme un chancre envahisseur, de Toulouse dans toute la Gascogne, et avait séduit la plupart des fidèles, rassemblée voulut que les évêques et les clercs des provinces où les Albigeois étaient répandus défendissent aux fidèles de recevoir de pareils hérétiques, de leur donner asile ou protection, d'avoir avec eux des rapports de vente et d'achat. Il fallait plutôt les forcer à se convertir, en ne les admettant pas à communiquer avec les autres.
p. 189. Ed. Theinier. — M igné [Patr. t. cci) suppose que ce discours fut prononcé à deux jours différents et le donne en deux parties.
Quiconque agirait autrement serait regardé comme complice de leur perversité et serait frappé danathème. Quant aux Albigeois eux-mêmes, ils devaient, quand ils seraient découverts, être emprisonnés par les princes catholiques et punis par la confiscation des biens. Comme ils se réunissaient souvent de divers endroits dans une seule maison, il fallait surveiller avec soin ces conventicules et procéder par les peines canoniques (1).
(1) « In partibus Tolosœ damnanda hœresis dudum emersit, quœ paulatim more cancri ad vicina loca se diffundens, per Guasconiam et alias provincias quamplurimos jam infecit. Quœ dum in modum serpentis intrasuas evolutiones absconditur , quanto serpit occultius , tanto gravius dominicain vineam in simplicibus demolitur. Unde contra eos, episcopos et pmnes Domini sacerdotes in illis partibus commorantes vigilare prœcipimus , et sub interminatione anathematis prohibere, ut ibi cogniti fuerint illius hœresis sectatores , ne receptaculum quisquam eis in terra sua prœbere , aut prœsidium impertire prœsumat. Sed nec in venditione aut emptione aliquâ cum eis omnino commercium habeatur: ut solatio saltem humanitalis amisso, ab errore viœ suœ resipiscere compellantur. Quisquis autem contra hœc venire tentaverit , tanquam particeps iniquitatis eorum. anathemate feriatur. Illi vero si deprehensi fuerint, per catholicos principes custodiœ mancipati omnium bonorum amissione mulctentur. Et quoniam de diversis partibus in unum latibulum crebro conveniunt , et prœter consensum erroris nullam cohabitandi causam habentes, in uno domicilio commorentur : talia conventicula et investigentur attentius, et si vera fuerint , canonica severitate vetentur. » (Mansi, loc. cit.)