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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VII

Les sectaires se séparèrent donc animés d'un vrai sentiment de confiance en eux-mêmes, dominés par la pensée de s'emparer du pouvoir politique et de soumettre toute la contrée. L'impuissance des quelques seigneurs qui ne partageaient pas encore leurs doctrines , à réprimer leurs audacieuses entreprises , la faveur du peuple et des riches bourgeois, cette sorte de discrédit dans lequel l'Eglise semblait à leurs yeux être tombée après cette assemblée faite avec bruit et solennité, tout contribua à leur donner d'abord l'ivresse d'un triomphe prochain. De là à croire que tout leur était permis, il n'y avait qu'un pas. Dès ce moment , en effet , ils se mirent à prêcher en public , à parcourir tout le pays , à exciter des soulèvements populaires. Ils signalèrent au peuple le clergé comme la cause de tous les malheurs , devançant ainsi ce système, avoué de nos jours, de calomnie, de mensonge prémédité , d'accusation toujours soutenue avec opiniâtreté : système infâme , qui commence par allumer les passions violentes , en attendant qu'il arme le bras des sicaires placés aux premiers rangs dans les révolutions politiques et religieuses.

Raymond V, comte de Toulouse, s'émut cependant de la situation qui était faite aux catholiques dans ses états , et des dangers qui menaçaient son peuple. L'hérésie avait pénétré jusque dans

l'Eglise : au dire d'un chroniqueur, les prêtres et même quelques évêques partageaient les sentiments des hérétiques (1).

Raymond V ne crut pas pouvoir mieux conjurer les malheurs qui se préparaient pour sa famille et qu'il voyait déjà fondre sur ses états, qu'en écrivant aux religieux de Cîteaux une lettre, dans laquelle il leur racontait avec larmes les ravages du mal et implorait leurs prières et leur parole. « Les prêtres eux-mêmes, leur disait-il , se sont laissés infecter par l'hérésie : les églises sont désertes ou détruites ; on refuse le baptême, on traite l'Eucharistie d'abomination, on n'estime plus la pénitence, on nie la résurrection de la chair, on repousse tout ministère sacré et, ce qui est pire, on annonce deux principes. Sachez, ajoutait le comte de Toulouse en s'adressant aux religieux de Cîteaux, que le venin de l'hérésie a pénétré profondément : la main puissante de Dieu et son bras terrible pourront seuls l'extirper. Les cœurs sont aussi durs que les pierres. Aussi craignons-nous que le glaive spirituel ne puisse plus les sevrer de l'hérésie : le glaive qui frappe le

(1) « Pullulaverat his diebus in Tolosani comitis territorio hseresis maligna, quse fidem et orthodoxorum patrum ecclesiastica instituta evacuans, non solum vulgus simplex, sed et ecclesiae Dei sacerdotes et episcopos cum principibus laicis tabe confecit nefanda. » (Gervas. Chron. )

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