DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VU
Pendant que le cardinal-légat recevait à Toulouse l'abjuration des principaux hérétiques, un grave événement, destiné, dans la pensée de l'Eglise, à avoir une influence marquée sur les affaires du Languedoc, se préparait à Rome. Le pape Alexandre 111 annonçait à l'univers catholique, pour le mois de mars de Tannée suivante, la tenue d'un concile général, pour lequel il convoquait tous les évêques , tant de l'Orient que de l'Occident. Dans la lettre adressée à l'archevêque de Pise et aux évêques de Toscane , il disait : « Puisque clans le champ du Seigneur, qui est l'Église, les germes des vices naissent et se multiplient comme les ronces et les épines, soit parce que l'homme, dès son enfance, est enclin au mal, soit parce que l'ennemi, par malice, ne cesse de semer la zizanie pour étouffer le bon grain, il est nécessaire d'arracher la zizanie déjà née et d'empêcher que le mauvais grain n'entre dans le champ, de même qu'il faut par suite semer le bon grain qui porte
( le château de Pierre Mauran), et contraignit à se rendre les hérétiques qui l'occupaient. Deux de leurs chefs abjurèrent : l'un , Bernard de Raymond, devint chanoine à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, et l'autre au monastère de Saint-Saturnin. — Je me souviens que , dans mon enfance , j'entendis souvent désigner ce chanoine de la cathédrale, sous le nom de Bernard de Raymond d'Arien, et quand il était question de lui , je me suis toujours rappelé que je l'ai vu. » (Guil. de Puylaur., Chr., cap. M. )
trente, soixante et même cent. Car il nous semble toujours entendre les paroles que le Seigneur adressait au prophète Jérémie, et en lui au prêtre de l'Evangile : « J ai mis ma parole sur tes lèvres ; je t'ai établi sur les nations et les royaumes pour arracher et détruire, pour disperser et dissiper, pour édifier et planter » (1). Ce devoir incombe à tous les évêques de l'Eglise; cependant il est plus pressant pour l'Evêque de la ville de Rome, qui a reçu du Seigneur Jésus-Christ, dans la personne du bienheureux Pierre, la mission expresse et spéciale de paître les brebis du Seigneur et de confirmer ses frères (2) .
» Appelé par Dieu, quoique très -indigne, au gouvernement de ce siège apostolique et au ministère de l'Eglise universelle, nous comprenons que dans l'Eglise de Dieu il y a beaucoup à reprendre et beaucoup à promulguer pour le salut des fidèles. Aussi avons-nous appelé de toutes les parties du monde les personnes ecclésiastiques , par la présence et le conseil desquelles nous prendrons des mesures salutaires » (3).
Cette lettre de convocation de tous les évêques, on ne le croirait guère, apporta la joie dans le
(1) Jerem., i.
(2) Joan., xxi.
(3) Voir cette lettre, ap. Baron.", t. xix, pag. 460, éd. Theiner.