DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VIL
cœur des Albigeois : ils espéraient que le départ forcé du cardinal-légat et des évêques , dont l'action les gênait davantage, leur laisserait toute liberté et toute facilité de propager leurs erreurs. La conduite des hérétiques Raymond et Bernard- Raymond le laisse à penser.
On a vu quelle salutaire impression de terreur le traitement infligé au riche bourgeois de Toulouse avait produit partout. Raymond et Raymond-Bernard cependant, confiants dans l'avenir, levèrent le masque aussitôt que le Concile eut été annoncé. Suivis de quelques autres hérétiques, ils se mirent à parcourir les villes et les campagnes, « se transfigurant en anges de lumière », suivant l'expression d'un chroniqueur de l'époque (1), « prêchant une doctrine contraire à la foi chrétienne, trompant les masses et les entraînant aux enfers». Le cardinal fut ému, avec juste raison, de cette levée de boucliers à laquelle il ne s'attendait pas. 11 manda les prédicants audacieux ; mais ceux-ci, loin d'accepter les volontés du légat comme un ordre auquel ils devaient obéir, négocièrent et traitèrent avec lui sur le pied d'une égalité outrageante. Ils ne consentirent à rendre compte de leur foi qua la condition d'avoir la liberté d'aller et de venir en toute sûreté. C'était
(1) Rogerius, Annal. Angl.
une proposition blessante , car il n'était jamais venu à la pensée du légat de surprendre dans un infâme guet-apens ceux qu'il avait mission de convertir. Quoique Raymond et Bernard-Raymond eussent demandé la faculté d aller et de revenir en liberté avec quelque insolence, le légat n'éprouva aucune peine à la leur accorder. Us se présentèrent donc devant le cardinal , les évêques, un clergé nombreux et une grande foule de peuple. Ils apportèrent avec eux un écrit qui contenait les principaux articles de leur foi. Ils en firent une lecture très-lente. Certaines expressions un peu obscures , qui semblaient cacher l'hérésie , appelèrent une explication ;+ un des hérétiques s offrit pour en faire connaître le sens. Selon l'usage consacré de l'époque, il devait se servir de la langue latine ; il le demanda même. Mais il paraît qu'il ne put joindre deux mots, car il n'ignorait pas seulement la belle langue de Virgile et de Tacite, mais même les éléments de la plus basse latinité. Le cardinal et les évêques, par condescendance et aussi pour écarter tout soupçon de partialité, consentirent à l'entendre dans le langage vulgaire. On interrogea les sectaires sur chacun des articles de la foi catholique , et , chose singulière ! on vit se reproduire les faits de Lombers ; ils répondirent avec la prudence et le discernement du chrétien le plus croyant. Mais