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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VU

d'une doctrine semblable à celle de Raymond et de Raymond -Bernard, dignes seulement detre chassés au-delà des frontières de ce pays. Le comte de Toulouse et les autres seigneurs, après avoir reçu le sacrement de l'autel, s'engagèrent à ne jamais favoriser les hérétiques et à ne se laisser toucher ni par leurs prières ni par leurs offrandes (1).

Tous se séparèrent agités de sentiments divers : le légat et les évêques, avec la pensée que la confusion des hérétiques était le triomphe de la foi ; le peuple, saisi de cet enthousiasme premier auquel il se laisse facilement entraîner ; Raymond et Bernard, avec la conviction qu'il leur serait aisé de prêcher encore impunément leurs doctrines , et que ce peuple, qui acclamait maintenant les évêques, n'était pas si attaché à l'Eglise qu'il le paraissait.

Ces débats eurent aux yeux du légat une gravité exceptionnelle, si bien qu'il se crut obligé d'en informer l'univers catholique (2). Heureux eût-il été s'il eût pu prévenir certaines faiblesses et arrêter pour d'autres pays les progrès d'une hérésie qu'il était impuissant à étouffer dans le

(1) Rogerius, Hist. Angl.

(2) Voir cette lettre dans Baronius , éd. Theiner, t. xix, p. 465, et dans D. Bouquet, t. xiv. Nous la donnons aux Pièces justificatives , N<> 11.

Languedoc. Écoutons un instant l'abbé Henri luimême : « Le légat, dit-il, s'occupa de faire saisir ceux sur lesquels tombait le soupçon public ou une accusation privée. Quant à nous, nous goûtions déjà la joie du retour qu'exigeait la réunion de notre Chapitre. Mais la permission de rentrer au monastère ne nous avait été accordée qu'à la condition d'aller dans le diocèse d'Albi pour demander à Roger, vicomte de Béziers , qui avait chargé de fers l'êvêque d'Albi et l'avait mis sous la garde même des hérétiques , de le rendre à la liberté et de chasser de ses domaines tout hérétique , selon les ordres du légat. Nous pénétrâmes donc, l'êvêque de Bath et moi, dans ce pays perdu , où s'était réfugiée la multitude des hérétiques. Mais Roger s'était retiré sur les confins de ses terres, dans des lieux inaccessibles, autant pour échapper à sa conscience coupable que par désespoir pour la justice de sa cause. Nous arrivâmes cependant jusqu'à un de ses châteaux-forts (castrum). Là était l'épouse du vicomte avec une armée considérable et de nombreux serviteurs. Tous les habitants du château étaient hérétiques ou complices des hérétiques. La seule force de Dieu put les contenir ; ils n'osèrent pas même murmurer contre la foi que nous prêchions. Cependant nous étions entre leurs mains : leur multitude nous environnait de toute part.

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