DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII
Enfin , voyant qu'ils ne nous répondaient que par l'inertie, nous jugeâmes Roger traître, hérétique, parjure, pour avoir violé la liberté de l'évêque ; nous le frappâmes de la double excommunication du pape et des prédicateurs envoyés par les rois, et cela, en présence de son épouse et de ses soldats, sans autre force et sans autre défense que le nom du Christ. Si cette visite eût été retardée encore trois ans , à peine eût-on trouvé dans le pays un homme qui invoquât le nom du Christ. »
Ce zèle cependant ne changea pas l'état des esprits d'une manière sensible. Le cardinal, par sa présence à Toulouse et par les mesures qu'il prit , confondit l'hérésie et d'autre part donna quelque confiance aux vrais fidèles, cela est vrai ; mais ce ne fut qu'un bien très-passager : sa légation avait donné d'abord une plus grande espérance. Le pape Alexandre 111, ayant désiré arrêter tout progrès de l'erreur , avait pensé que le cardinal Pierre de Saint- Chrysogone, secondé par les rois de France et d'Angletrre et par le comte de Toulouse, accomplirait cette œuvre importante d'apaisement et de pacification ; car le Languedoc était singulièrement troublé et agité depuis bientôt cent ans. Du jour où les Albigeois avaient porté la division dans les questions de religion, qui sont celles qui séparent le plus, on avait vu désunis les membres d'une môme famille, les citoyens de la
41t) LES ALBIGEOIS.
même ville, les seigneurs de la même province : le pape eût donc rendu au Languedoc un service signalé, s'il eût apaisé les esprits. Pierre put croire peut-être, après le traitement sévère infligé à Pierre Mauran, avoir terrassé l'hérésie, et ainsi avoir ouvert les voies de la réconciliation et de la paix ; mais ce n'était dans son esprit qu'une illusion. Robert de Mont dit justement , en parlant de cette légation, quelle fit peu. Ce fut un malheur : l'hérésie se releva plus audacieuse et en réalité plus forte: elle amoncelait déjà les maux qui trente ans plus tard affligeront le Midi.
Au reste , d autres affaires appelèrent à Rome le cardinal et les évêques : le concile était à la veille de se réunir . Ils quittèrent donc le Languedoc désolé, avec l'espoir que le concile porterait le dernier coup à l'hérésie.
Terminons , par une remarque qui prend ici naturellement sa place, ce récit de la seconde légation .
On n'a pas oublié que c'est à la demande du comte de Toulouse que les rois de France et d'Angleterre prirent sous leur patronage les missionnaires du Languedoc: et peut-être que quelques esprits soupçonneux ont cru pouvoir lire déjà dans les intentions de Louis VII une arrière-pensée : un désir de conquête ou de domination , car le Languedoc n'était point encore uni à la couronne de