DEUXIÈME PÀKT1E. CHAPITRE VI1L
liques se dirent disciples de Maman. Parmi les grands surtout les défections avaient été innombrables. Nous en avons dit toutes les raisons. La nécessité d'agir avec énergie s'imposait donc au légat Henri.
De plus, un grand événement s'était produit depuis la légation du cardinal Pierre : le concile avait solennellement condamné les hérétiques. Sans doute, le Concile de Tours les avait déjà frappés : plusieurs évêques les avaient poursuivis de tous les moyens spirituels dont ils disposaient ; mais le Concile de Latran n'était-il pas , plus qu'aucun autre, de nature à éclairer les esprits sincères? 11 fut, sans conteste, regardé comme œcuménique : tous les pays du monde y étaient représentés , et le pape le présida en personne.
Le Concile de Latran avait donc changé considérablement la situation des Albigeois. Quand le cardinal Henri arriva en France, il était évident qu'ils se séparaient obstinément de l'Eglise. 11 fallait agir contre eux avec d'autant plus d'énergie qu'ils semblaient profiter de l'heure où elle était occupée à la lutte plus importante et plus grave qui sauva l'Europe tout entière , et pour laquelle tous les princes quittaient leurs peuples. Les Albigeois étaient donc coupables du crime de l'hérésie et du crime de la révolte contre la société, qui s'était depuis des siècles affirmée catholique ,
et dans laquelle ils portaient le trouble , la division, la discorde armée, et qui se voyait ainsi arrêtée dans la voie de la civilisation. Les Turcs, en Orient, furent considérés comme les ennemis du dehors ; les Albigeois , en Occident , comme les ennemis du dedans.
Telle est la situation que ceux-ci prenaient de plus en plus vis-à-vis de l'Eglise, situation qui devait leur être fatale quarante ans plus tard.
Le cardinal-légat n'était pas venu en France uniquement pour l'affaire des Albigeois : la croisade ne l'occupait pas moins. Le pape l'envoyait également auprès du roi de France, auprès de l'empereur d'Allemagne et de tous les princes pour les engager à prendre la croix. Mais avant de prêcher la croisade contre les Turcs, il songea aux ennemis du dedans. Au printemps de l'année 1181, il arriva donc à la tête d'une armée considérable dans les terres du vicomte de Béziers, devant le château de Lavaur , défendu par Adélaïde , épouse du vicomte, où s'étaient réfugiés les chefs des hérétiques: Raymond de Baymiac, l'évêque du Val-d'Aran, et Bernard-Raymond de Toulouse. L'attaque fut très-vive (1). La place résista quelque temps ; mais bientôt Adélaïde , femme du vicomte de Béziers, la livra. Roger et son épouse,
(1) Bernard de Verneuil fut tué.