PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE II
un point d'appui inébranlable. Pour la première fois, l'Église se trouva en face d'une puissance redoutable, car jusque là les différentes sectes, qui avaient surgi à Rome et à Alexandrie, n'étaient, pour ainsi dire, que des accidents sans importance, inséparables de toute organisation naissante.
Qu'était-ce donc que Manès ? Je m'efforcerai de le dire en peu de mots, car je n'ai pas entrepris d'écrire son histoire : je m'étendrai toutefois assez pourfaire comprendre son œuvre, car nous verrons les Albigeois travailler à lareproduire(l).
Archélaùs raconte que « la veuve âgée chez laquelle Buddas s'était retiré, se trouvant, par sa mort, héritière del'argent et des livres de Scythien, acheta un jeune garçon de sept ans, qui s'appelait Corbitius ». Ce Corbitius fut plus tard Manès. Un tel récit n'est pas reproduit par les auteurs syriens
(1) Consulter pour connaître Manès : Acta disp. Archelaï publiés et justifiés par L. Zaccagni dans ses Monumenta eccl. Grœcœ et Latinœ. — Cette pièce est dans Mansi, Conc. t. i, col. 1142. — Epiph., Hœres. lib. n. — August. passim. — Cyril., Catech. , vi. — Hieron. adv. Jovin. lib il ; Epist. xxx , ad Pammachium ; Prolog. Dialogi adv. Pelag. ; Epist. lxxiii, ad Marcell. ; Epist. xliii , ad Ctesiph. ; in Matth. , cap. x ; ad Hedibiam , x ; in Epist. ad Galatas, cap i et iv ; in Nahum Proph., cap. m : in Habacuc, cap. n. — Herbelot, Bibl. orient., 1697. — Tillemont , Hist. eccl., tom. iv. — Natal. Alex. Sœcul. UU — Laur. Alticotti , dissert. Rom. 1763. — Cacciari , de Afanich. hœr. et hist.
qui ont parlé de Manès (1) ; mais il semble admirablement convenir à un homme en qui , pour les Orientaux enthousiastes, tout parut merveilleux. Cet homme, dont le génie a été si funeste, on se le représenta tiré de l'obscurité, comme par une sorte d'ironie du destin.
Sharistani affirme qu'il sortait d'une famille de mages (2). D'après une tradition son père s'appelait Patecius, eft sa mère Carossa ; il était persan de nation ; cependant nous devons remarquer que le nom de son père indique plutôt une origine latine (3).
Il avait un naturel ardent, vif, altier, qui se cachait sous une modération apparente. 11 jouit de la réputation d'homme éloquent. 11 paraît, en effet, qu'il entraînait par la véhémence de sa parole et par la fière assurance avec laquelle il enseignait. Arrivé à l'âge où le jeune homme est appelé à fixer son avenir avec son genre de vie, il changea son nom contre celui de Manès, afin de cacher l'obscurité de son origine, d'après la pensée de quelques auteurs.
(1) L'auteur syrien de la Chronique d'Édesse, mieux informé peut-être qu'Archélaûs, ne dit rien de cette fable. 11 place la naissance de Manès en l'an 551 de l'ère des Grecs, qui correspond à l'an 240 de l'ère chrétienne.
(2) <s Sharistani Manichœum origine Magum fuisse perhibet. » (Pocock-Specim. Ilist. arab.J
(3) VI Conr. gén., IIIe de Gonstantinople, en l'an 681, ad. x.