DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII
ainsi que les principaux chefs des hérétiques, promirent de se séparer de l'hérésie et obtinrent ainsi leur liberté.
Mais encore ici les hérétiques se servirent sans scrupule de ce même procédé que nous avons déjà rencontré : tout en proscrivant le mensonge, ils en usaient toutes les fois que leur vie ou leur liberté était en péril, de même que tout en proscrivant le mariage, ils ne se faisaient pas faute de se livrer aux excès les plus déshonorants (1).
Après la reddition du château de Lavaur, le légat Henri et ses soldats se retirèrent , croyant sans doute que l'hérésie avait reçu son dernier coup. Et de fait, pendant quelque temps , le calme succéda à la tempête. Mais les hérétiques n'attendaient qu'une occasion. Au mois d'octobre de cette même année 1181, on apprit la mort d'Alexandre III. Pendant les vingt-deux années de son pontificat, il s'était montré l'ardent champion de la cause du divin Maître, aussi bien dans l'Eglise, pour réprimer le schisme et l'hérésie, qu'au dehors pour combattre les Turcs. Ce fut
(1) « Guarino olim archiepiscopo Bituricensi, illic praedicanti , Vierna conjux Sicardi de Boyssa et de Granovillet, palam confessa est a quinquaginta religioribus ejusdem sectae nocte quadam fuisse stuprosam , cum ipsa eisdem , vitae causa sanctions, thoro viri spreto, se conjunxisset. » ( Gaufredus Vosiensis , Chronicon. )
l'occasion attendue : les Albigeois apprirent avec un vrai sentiment de joie la mort du pape, car ils comptaient que son successeur n'aurait ni la même fermeté ni la même persévérance. Le cardinal Henri partit aussitôt pour Rome, où l'appelait l'élection du futur pape. C'était donc la liberté pour les hérétiques. Ils montrèrent en effet qu'ils le pensaient ainsi. Hugo, dans sa Chronique, le constate avec tristesse : « Aussitôt qu'ils furent maîtres d'eux-mêmes, dit-il, ils revinrent à leurs erreurs » (1). C'est ainsi qu'ils étaient fidèles à leur parole.
Le lendemain de la mort d'Alexandre 111, on élut pour lui succéder Ubalde , évêque d'Ostie. 11 prit le nom de Lucius III. Henri ne put pas arriver à temps pour l'élection. 11 rentra en France, où il conserva sa légation. Mais le nouveau pape ne put pas, aussitôt après son couronnement qui se fit le 6 septembre de cette année, s occuper des hérétiques. D'autres affaires absorbèrent bientôt toutes ses pensées. Roger Hoveden raconte que les Romains avaient certaines coutumes dont ils jouissaient en liberté; Lucius III refusa de s'y soumettre : de là la révolte. Quelques mois après son élection, le pape dut quitter Rome, et quand, en 1183, il tenta d'y rentrer, il trouva
(1) Ad annum 1181.