DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VIII
les Romains plus irrités que jamais. Il se retira donc à Vérone : c'est là qu'il porta un décret contre les Albigeois , conçu dans le même sens que le canon du Concile de Latran (1). « Nous, disait le pape, du commun sentiment de nos frères , les patriarches , archevêques et autres princes de l'Eglise qui se sont rassemblés de diverses parties du monde , nous nous élevons contre les hérétiques , qui avec des erreurs différentes ont pris des noms différents , et nous condamnons par cette constitution toute hérésie, sous quelque nom qu'elle soit connue. Mais plus que tous les autres hérétiques, nous anathématisons les Cathares, les Patarins, ceux qui par un langage mensonger se font appeler Humiliés ou Pauvres de Lyon, les Passagins, les Joséphins, les Arnaldistes » (2).
Mais il ne se trouva personne en France pour faire exécuter un semblable décret. Chacun ne semblait préoccupé que de la croisade , depuis que les ambassadeurs de Jérusalem étaient arrivés; s'il restait encore quelques seigneurs attachés à la vraie foi, ils cédaient devant l'audace des hérétiques. En fait , le décret de Lucius III fut lettre
(1) Grégoire IX a placé ce décret dans le livre des Décrétales. Ext. de hœret.; cap. ad abolendum .
(2) Lettres de Lucius III ; Theiner .éd. de Baronius , vol. xrx, p. 534.
morte. 11 devenait tous les jours de plus en plus évident qu'il fallait étouffer l'hérésie. La suite montra que toute la vie d'un grand pape n'y suffit pas. Lucius 111 mourut à la fin de cette même année 1185 (1). Il ne put donc pas veiller à l'exécution de son décret. Cette mort donna une nouvelle force anx Albigeois, qui, voyant l'Église occupée à d'autres affaires , prirent plus d'audace et plus que jamais répandirent leurs doctrines , qu'ils enseignèrent cette fois en levant partout l'étendard de la révolte.
Le jour même de la mort de Lucius 111, les cardinaux nommèrent à l'unanimité , pour lui succéder, Hubert Crinelli , archevêque de Milan et cardinal du titre de Saint-Laurent in Damaso, qui fut couronné sous le nom d'Urbain III.
Les cardinaux hâtèrent l'élection, afin que l'univers entier apprît en même temps que la mort de Lucius le nom de son successeur et que tout schisme fût prévenu. Mais Urbain III ne fut guère occupé que de ses démêlés avec l'empereur Frédéric. Au moment où la paix s'était faite entre l'empereur et lui, la nouvelle désastreuse de la reddition de Jérusalem à Saladin, le 2 octobre 1177, vint le surprendre à Ferrare. Quinze jours après, il mourait du chagrin que lui avait causé cette défaite.
(1) <t Lucius papa apud Veronarn obiit VII kalendas deceipbris. » (Chron. Casinensis, num. 11.)