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DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE VIII

La victoire de Saladin réjouit en même temps les sectateurs de Mahomet en Orient et les sectateurs de Manès en Occident. Leur cause était la même: remplacer l'Eglise catholique.

Toutefois, le cause de la justice et de la vérité, vaincue à l'heure des châtiments envoyés par Dieu, devait bientôt se relever plus forte et mieux défendue.

A défaut d'armes guerrières, l'Eglise fit un appel à ses armes spirituelles, et, en réalité, sa vraie force est tout entière dans la prière, la pénitence et la pratique des vertus enseignées par le Maître.

Cette fois le coup partit de la France. Le légat Henri adressa à tous les évêques du monde catholique une lettre vraiment éloquente où, après avoir fait entendre les accents d'une tristesse profonde, il donnait libre cours à son zèle et exhortait tous les évêques à la modestie, à l'humilité et à la pénitence (1).

Le successeur d'Urbain 111 fut Grégoire Vlll, natif de Bénévent , que Hugues d'Auxerre nous dépeint comme un homme savant et éloquent, d'une vie pure et austère et d'un grand zèle ; mais il mourut un mois et dix-sept jours après son élection, le 17 septembre 1187.

(1) D. Tissier, BB. PP. Cister., t. m, lit. xxi , reproduite par Migne dans sa Patrologie \ t. cciv, col. 247.

Grégoire eut pour successeur Paulin, cardinalévêquede Préneste, qui prit le nom de Clément 111 Celui-ci occupa trois ans le saint-siége. 11 ne pouvait, en réalité, ne penser qu'à améliorer la situation des chrétiens en Orient. Depuis la victoire de Saladin les papes regardèrent comme un devoir de ne songer qu'à lui préparer une défaite (l)v Au reste, quelques mois après son élection, le cardinal Henri, légat en France, était enlevé par la mort à TEglise qu'il avait servie avec un dévouement admirable (1er janvier 1189). Aussi vit-on dans cette épreuve de l'Eglise , vaincue en Orient , frappée dans son chef par la mort si prompte de ses meilleurs pontifes , l'hérésie s'accroître. A Toulouse, Pierre Mauran, à son retour de Terre- Sainte, fut reçu par les acclamations du peuple et nommé Capitoul à trois reprises différentes, et chaque fois avec une nouvelle faveur. Dans le pays de Narbonne, l'hérésie jouissait d'un tel crédit, que le clergé dut consentir à des conférences publiques avec des laïques pour juges : telle fut la conférence qui eut lieu dans l'église Saint-Just entre les Vaudois et Bernard, abbé de Fontcaude (2).

(1) Toutefois c'est avec une sorte de surprise que l'on voit le pape Clément III, dans une lettre adressée à l'évêque d'Albi (croit-on), ne rien dire de l'hérésie. — Patrologie de Migne, t. cciv, col. 1498.

(2) On prend ici sur le fait la fusion des Vaudois et des Albigeois.

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