DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VIII
la nudité de son père , ne fut-il pas maudit de Dieu (1)?
La conséquence de ce principe, qu'on ne doit pas obéir aux prêtres, parce qu'ils n'ont pas plus d'autorité que tout autre homme , était que chacun pouvait prêcher , tout laïque , homme ou femme.
Bernard, dans son chapitre IV, établit que le droit de prêcher n'a été donné qu'aux prêtres seuls. L'objection « 11 faut obéir plutôt à Dieu qu'aux hommes » (2), est sans valeur ici ; car les prêtres, quand ils enseignent, n'enseignent pas en leur nom , mais au nom de Dieu qu'ils représentent, Jésus-Christ leur ayant dit : Allez, enseignez toutes les nations. Aussi saint Paul écrivait-il aux Galates (3) : Si quelqu'un, serait-ce un ange du ciel, vous annonce autre chose que ce que nous avons annoncé, qu'il soit anathème.
Dans le chapitre V, Bernard montre quels sont ceux qu'ils séduisent et qu'ils entraînent : ce sont quelques femmes faibles, quelques hommes sans expérience ou vicieux ou ignorants.
Les femmes elles-mêmes prétendaient avoir le droit de prêcher. Bernard, après avoir fait ressortir le ridicule d'une semblable prétention, cite la
(1) Gen., ix, 25.
(2) Act., v.
(3) Ghap. i.
parole de saint Paul : que c'est une honte pour une femme de prendre la parole dans V église (1), l'exemple de la Sainte-Vierge qui conservait au fond de son cœur les paroles de son divin Fils (2), et l'exemple de Marie-Magdeleine et des autres saintes femmes dont il est dit simplement qu'elles suivaient le Seigneur.
Tel fat, dans ses points principaux, ce livre dont nous ne pouvons donner qu'une faible idée (3). Quelle influence eut-il ? Apparemment il fut peu répandu. Les catholiques, les moines, les prêtres qui le connurent n'avaient sans doute pas besoin d'un semblable écrit pour se faire une conviction. Quant aux hérétiques, peu le connurent, et l'eussent-ils connu, que peut-être ils n'en eussent point pour cela abandonné leur erreur ni modifié leurs pensées. Un écrit qui était appelé à jouir d'un plus grand crédit, fut celui de Bonacursus.
Bonacursus avait d'abord partagé les idées de la secte ; il avait même été a Milan un de ses principaux docteurs. 11 se distinguait par son talent de parole, la sagesse de sa raison et l'hon-
(1) I Corint., xiv.
(2) Luc., ii.
(3) Voir ce livre tout entier dans Galland. (Vet. Pat. BB. xvi, 520), et dans la Patrologie de Migne , t. cciv, roi. 793 et suiv.