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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IX

sait de la défaite du Christ , qu'il croyait être son propre triomphe. « De grands combats attendaient donc le nouveau pape , s'il voulait remplir fidèlement ses devoirs ; il allait se trouver dans la nécessité de joindre le feu de la jeunesse à la prudence du vieillard» (1). Il fut universellement obéi et admiré de ses contemporains , à huit cents ans de distance il excite encore l'enthousiasme des plus grands esprits de notre époque.

Célestin III, à plusieurs reprises, avait recommandé de lui choisir pour successeur Jean de Colonna , cardinal de Saint-Paul. Cependant toutes les voix se portèrent sur Lothaire. Cette élection , si rapide et si unanime , d'un cardinal qui n'avait encore que trente-sept ans était une preuve de la confiance qu'on avait dans les talents et le savoir-faire de l'élu ; elle était aussi la preuve que le nouveau pape était l'élu de la Providence elle-même (2).

Nous n'avons pas à raconter ici le pontificat d'Innocent III, admirablement fécond en heureux résultats de toute sorte et qui marque l'apogée du pouvoir papal au moyen âge. L'immortel ouvrage de Hurter dispense aujourd'hui de bien des recherches. Hurter cependant, dans son exposé trop court

(1) Héfélé, loc. cit.

(2) Il était destiné à recueillir les fruits des immenses travaux de saint Léon IX, de Grégoire VII, d'Alexandre III.

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de la conduite d'Innocent 111 vis-à-vis des Albigeois, na pas fait connaître l'état général de l'hérésie à son avènement au trône pontifical. Nous ne pouvons pas manquer à ce devoir : nous verrons ainsi quels furent les progrès de l'hérésie de l'année 1015 au commencement du xme siècle, et nous mesurerons par là-même l'étendue des difficultés à vaincre et l'étendue du génie qui les a vaincues.

Le lecteur n'a pas oublié comment l'erreur dualiste, partie de l'Orient, était passée dans les pays slaves, par les peuples slaves en Italie, et d'Italie en France. Depuis la tin du xie siècle, la Dalmatie, l'Esclavonie, la Bosnie étaient réunies sous le sceptre hongrois; mais malgré les efforts persévérants des pontifes de Rome, ce vaste et beau pays n'était pas encore bien profondément converti au catholicisme, qui avait dû vaincre de nombreux obstacles pour s'y établir : car l'ancienne religion de Jupiter, loin d'avoir complètement disparu, s'obstinait encore dans l'esprit de ces populations qui ne passaient leur temps qu'au travail des champs. En 1200, il n'y avait qu'un seul évêché dans toute la Bosnie ; il paraît même que le clergé n'y jouissait ni d'une grande considération ni d'un sérieux crédit. Aussi, à l'avènement d'Innocent III, l'hérésie s'étendait- elle sur toute la rive droite du Danube jusqu'à l'Adriatique, en Hongrie, en Croatie, en Esclavonie, en Bosnie, dans l'Istrie,

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