DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IX
la Dalmatie, l'Albanie, la Bulgarie, la Macédonie et la Thrace. Dans la Bosnie seule, où ils enseignaient publiquement , les hérétiques étaient au nombre de dix mille. Là comme en Languedoc , ils possédaient la plupart des châteaux-forts , où ils se proposaient de se retirer et de se défendre au besoin. Dans la Bosnie, la principale de ces forteresses était celle de Duonno. En Esclavonie, c'était celle de Pesaga. La Dalmatie, qui, cent cinquante ans avant, leur avaitcomme ouvertle chemin de Fltalie, leur était encore plus favorable. Leur église de Tragurium comprenait les dualistes de Spalatro, de Raguse et de Sara; cette église jouissait même d'une autorité incontestée dans toute la secte. La Bulgarie comptait plusieurs églises dualistes ; celle de Philadelphie en Thrace et celle de Constantinople étaient florissantes. A Constantinople , il y avait même deux églises : une pour les Grecs et l'autre pour les Latins. Plusieurs évêques catholiques eux-mêmes ne se tenaient pas très-fermes dans les principes de la foi; celui de l'île de Paria recevait des hérétiques; Daniel , l'évêque de Bosnie , paraissait les favoriser, et Arrenger, l'archevêque de Raguse, par ses hésitations , semblait incliner du côté de ces ennemis de l'Eglise; tout au moins il ne se montrait pas zélé pour défendre la foi ; il était dans la situation de l'homme qui, par son silence, sem-
ble accepter ce qu'il ne combat pas. Et c'est ainsi que par l'inertie des uns, par la faveur de ceux-ci et parla tiédeur des autres, l'audace des hérétiques devenait de plus en plus grande. Deux ans après l'élection d'Innocent 111, Matthieu et Aristodius, deux frères également habiles dans la peinture et dans l'art de travailler les métaux , quittèrent Spalatro , leur patrie, traversèrent la Bosnie, furent même admis dans la cour du roi Kulin . Y portèrent-ils l'hérésie ou bien en étaient-ils déjà infectés? On ne saurait le dire; mais il est certain que, de retour à Spalatro, ils la prêchèrent avec un zèle digne d'une meilleure cause.
Sur la rive occidentale de la mer Adriatique, l'hérésie jouissait d'un crédit plus grand qu'à Spalatro, que dans la Bosnie et la Dalmatie. Ce n'est pas trop dédire qu'à l'avènement d'Innocent III la Lombardie était comme remplie des ennemis de l'Église (1) ; ils s'appelaient partisans de la réforme d'Arnaud de Bresse, Vaudois ou Pauvres Lombards, Pasagiens ou Hérétiques judaïsants, Anabaptistes , Communistes, Cathares. Milan était le siège principal de l'hérésie. Les hommes les plus influents de la ville se distinguaient par leur acharnement contre l'Église. Les relations fréquentes qu'ils avaient avec leurs frères
(1) Ils avaient pris encore les noms les plus divers.