‹ Les AlbigeoisChapitre 225 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IX

de la Provence , de la Dalmatie et de la Bosnie , leur donnaient toute confiance. Il faut lire dans son étendue l'intéressante lettre qu'Yves de Narbonne écrivait à Girald , évêque de Bordeaux : « Accusé par mes envieux, devant maître Robert de Curzun, légat de la cour romaine, de participer à la méchanceté hérétique, lui disait-il, j'ai évité le jugement, craignant non le scrupule de ma conscience, mais le déshonneur d'une semblable accusation ; ainsi je devins plus suspect. Quand j'appris les menaces de cet homme, je pris la fuite devant lui ; je parcourus la plupart des provinces. La ville de Cumes était principalement habitée par les Patarins. J'ai raconté combien pour leurs doctrines, que, Dieu m'en est témoin, je n'avais jamais apprises et que je ne suivais pas , je me réjouissais d'avoir subi des condamnations. Quant à eux, en l'apprenant ils se réjouirent. Ils m'estimaient heureux d'avoir souffert persécution pour la justice. Je restai trois mois avec eux ; j'étais splendidement traité. Tous les jours, j'entendais des erreurs ou plutôt des horreurs contre la foi des Apôtres. Par leurs bienfaits, ils m'obligèrent à leur promettre que , dès cette heure , je prêcherais aux chrétiens avec lesquels je pourrais avoir quelque entretien, que nul ne serait sauvé par la foi de Pierre et que j'enseignerais obstinément cette doctrine. Quand j'eus engagé ma parole, ils se mirent

à me faire connaître leurs doctrines secrètes, ajoutant que dans toutes les villes delà Lombardie et dans quelques-unes de la Toscane ( Tusciœ ) ils avaient envoyé des étudiants de Paris ( Parisios dociles scholares), faits à tous les détours de la logique et appliqués à la théologie, pour défendre leurs erreurs et détruire la foi apostolique. Dans cette même pensée, ils envoient des marchands en grand nombre dans les foires , pour pervertir les riches laïques, avec lesquels ils ont le loisir de causer familièrement. C'est ainsi qu'ils sont doublement marchands : ils gagnent F argent des autres et en même temps les âmes pour l'antechrist . Quand je demandai à ceux qui étaient alors mes frères la permission de les quitter , ils m'envoyèrent à Milan, où je devais me trouver avec leurs maîtres. Je traversai ainsi les villes de la Lombardie : je me suis toujours trouvé au milieu des Patarins, qui me chargeaient, à mesure, des correspondances des uns pour les autres et dont je recevais le signe auquel ils se reconnaissaient les uns les autres. (Semper in recessu accepi ab aliis ad alios intersigna. ) Enfin j'arrivai à Crémone, place célèbre, où je bus les vins exquis des Patarins, où je mangeai leurs rabiolas ? leurs cerises et d'autres douceurs , trompant ainsi les trompeurs ; car , pendant que je faisais profession d'être patarin, je gardais , Dieu m'en est

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