DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IX
d'où Us ont chassé lévêque Grimerio , à Desenzano , sur les bords du lac Garda. A Trévise, le Gibelin Ezzelin le Moine les protège ; à Rome même ils ont des écoles publiques (1).
Nous savons déjà quel était l'état de l'hérésie dans le Languedoc. Cependant il sera bon d'y revenir. Innocent III lui-même nous fait connaître d'un mot ses malheurs. L'hérésie s'y était tellement développée, qu'elle avait infecté une foule innombrable de peuples du midi de la France (2). Mais ce qui était plus grave que le nombre des partisans de l'hérésie , c'était la situation et l'influence de ses chefs. 11 suffit , en effet, de prononcer les noms des protecteurs de l'hérésie. C'étaient : « le vicomte Raymond Roger de Bêziers, seigneur de Carcassonne, lequel avait de tout autres sentiments que son bisaïeul, Roger, qui, se rappelant le tort causé à l'église Saint-Nazaire de Carcassonne (3), le ré-
(1) Cœsarius Heisterbacensis, Illustria miracula, Cologne, 1591.
(2) ce Inter quos in provincia vestra quosdam , qui Valdenses , Catari et Patarini dicuntur , et alios quoslibet quibuscumque nominibus appellatos in tantum jam accepimus pullulasse, ut innumeros populos sui erroris laqueis irretierint et fermento corruperint falsitatis. » (Litt., lib. I, litt. xciv.)
(3) Testamentum Rogerii vicecom. Bitter., in Martene, Thes., I, 440. — Art de vérifier les dates , ix , 305.
para dans son testament ; Gaston VI, vicomte de Béarn, qui, à peine réintégré dans son pays par la sentence du Concile de Latran, laissa pour héritier son frère Guillaume-Raymond , lequel , vingt ans auparavant , avait assassiné l'archevêque de Tarragone, oncle de sa femme ; Bernard VI, comte deComminges, dont les terres étaient l'unique possession allodiale de ces contrées, et qui, dans les querelles presque héréditaires de sa famille avec les évêques de Conserans, provoqua contre sa personne de vives plaintes, à cause delà dureté avec laquelle il exerçait son autorité; le comte Raymond-Roger de Foix, l'ennemi le plus acharné des défenseurs de l'Église et l'allié le plus actif du comte de Toulouse ; Gérold IV, comte d'Armagnac , qui avec la principauté avait hérité des anciennes inimitiés contre l'archevêque d'Auch et ses chanoines, et qui comptait , pour ainsi dire, parmi ses droits, la destruction de leurs maisons, le pillage de leur église et la confiscation violente de leurs biens » (1); c'était enfin Raymond VI, comte de Toulouse, de beaucoup le plus puissant.
11 faut s'arrêter un instant devant cette figure du comte Raymond VI, qui va devenir le centre de l'opposition à l'Eglise , pour apprécier impartialement sa conduite.
Raymond VI était fils de Raymond V, « homme
(lj Hurter , Innocent 111 , tit. xiv.