DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IX
de celui-ci, sembla ne se souvenir du pouvoir pontifical, ni pour le craindre ni pour l'aimer, mais seulement pour le combattre. Pierre, moine de Vaux-Cernay, l'a appelé fils de perdition , le premier né de Satan , Y abîme de tous les vices ; il lui a reproché une immoralité profonde. De bonne heure, il avait donné un libre cours à ses passions ; il eut successivement jusqu'à cinq épouses: Errnessinde de Pelet , Béatrix de Béziers , Bourguigne de Chypre, Jeanne d'Angleterre et Eléonore d'Aragon. Ces cinq épouses ne lui donnèrent que deux enfants : Constance, qui épousa Sanche de Navarre, et Raymond, qui lui succéda ; mais il reconnut trois enfants naturels : Bertrand, vicomte de Bruniquel, de Monclar et deSalvagnac en Querci ; Guilhelmette , qui épousa le chevalier navarrais Hugues Alsar, et Raymonde, qui fut religieuse du monastère de Lespinasse, de l'ordre de Fontevrault.
C'est Tindécision et la violence qui formaient le fond de son caractère ; c'est de même l'indécision et la violence qui devaient le perdre, en lui donnant, une politique à double jeu, sans franchise ni honnêteté. A peine eut-il succédé à son père , qu'on put reconnaître ce qu'il était. «Si l'évêque (Fulcrand de Toulouse; voulait sortir de la ville pour visiter les paroisses, dit Guillaume de Puylaurens (ly, il lui fallait implorer une escorte des
(1) Chron., ch. VI.
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seigneurs sur les terres de qui il se disposait à passer, pourquoi Ton pouvait peut-être croire que le comte n'était pas accusé à tort de ne point pourvoir à la sûreté de son êvêque. » Par là, le comte donnait satisfaction aux hérétiques ; mais il répondait aux plaintes de Vévêque et des fidèles par la raison que donne le chroniqueur déjà cité: « Il semblait excusable , sinon en tout , en cela du moins, qu'il ne pouvait maintenir la paix dans ses domaines, pour autant que ses vassaux ne lui laissaient pas de trêve, et si peu qu'il faisait venir à lui des routiers d'Espagne, auxquels il donnait licence de courir librement sur ses terres ».
Bouillant et impétueux comme Raymond IV, son aïeul, il en avait aussi l'astuce et l'avarice, avec cette différence que Raymond IV aimait l'argent pour l'argent, tandis que Raymond VI le recherchait pour ses plaisirs. Le lecteur connaît ce trait d'avarice infâme de Raymond IV. C'était en l'année 1099. L'armée des Croisés du Languedoc était arrivée devant Gibelle, ville éloignée de Laodicêe l'espace de douze milles environ. Les Croisés assiégaient la ville ; le chef de l'armée ennemie fit offrir au duc six mille pièces d'or et d'autres présents, pour l'engager à lever le siège. Mais le duc ne se laissa point fléchir. Le chef des Turcs s'adressa donc au comte de Toulouse, qui en secret reçut La somme promise, et