DEUXIEME PAKTIE. — CHAPITRE IX
qui dépêcha au duc, évêque d'Albano, d'abandonner le siège et de venir au plus vite à son secours, car il allait être attaqué par une armée très-nombreuse. Le duc leva donc le siège, et avec son armée, ayant laissé Valentia et Maradlea, qui était la plus forte ville de la Phénicic, il arriva à Tortosa. Et c'est là que Tancrède lui ouvrit les yeux sur la fraude du comte de Toulouse [1).
L intérêt personnel fut toujours le mobile de Raymond VI, comme il t'avait été de Raymond IV.
Son entourage et ses conseillers, loin de le retenir et de modérer cette nature impétueuse, semblaient l'encourager dans tous ces desseins. Les grands ont les flatteurs de leurs passions, qui toujours mesurent leur influence au degré d'abaissement des princes. Pendant que le roi s'amuse, eux gouvernent : c'était la situation de Raymond. Au reste, à défaut de flatteurs, il eût trouvé auprès de lui des amis de plaisir, de débauche et d'irréligion. Tous les seigneurs qui prirent les armes avec lui pour défendre l'hérésie, partageaient ses pensées et sa vie. Parmi eux, il faut mettre au premier rang le vicomte de Béziers.
C'est en 1193 que Raymond-Roger IV, vicomte de Carcassonne, Rasez, Albi et Béziers, mourut,
(1) Matth. Paris. Hist. Angl. — Wîllielmus Seeundu*.
laissant un fils encore assez jeune, auquel par son testament il donnait Bertrand de Saissac comme tuteur pour cinq ans (1).
Bertrand de Saissac ne jouit pas d'un grand crédit auprès du jeune Roger ; il ne put le retenir sur la perte de l'hérésie. « Cette exécrable hérésie des Albigeois ne fut pas plustost preschée dans le Languedoc, qu'il arriva comme à ce grand feu qui se prit jadis aux forests des monts Pyrénées , lequel pour avoir trouvé la plus grande partie des arbres qui s'estoient présentez àsaflamme, chargez de diverses gommes susceptibles du xeu , apporta un si grand embrazement, que la terre voyant toutes les sources d'eau taries de la trop véhémente chaleur, tira de ses entrailles des ruisseaux d'or et d'argent, pour tenir lieu de larmesles vrays témoins de la douleur. Roger V du nom, surnommé Raymond-Roger, succéda véritablementauxestats de son père Roger IV, mais non pas à son zèle ny à sa piété; et quelques exhortations qu'il receut de la part de Otho, evesque de Carcassonne, et de Berenguier, son successeur, Use laissa neantmoins infecter à cette maudite hérésie, à cause de la hantise qu'il eut avec Raymond, comte de Tolose, son oncle. De là vint que leurs sujets , déjà assez
(1) 11 voulut que son corps fût enseveli au monastère de Notre-Dame de Gassan , auquel il légua plusieurs biens , entre autres une table garnie de pierres précieuses.