DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE IX. iOT
« L'Eglise, dans la province narbonnaise, pleure dans la nuit de son adversité et de son oppression, écrivait Innocent III... La méchanceté hérétique, qui blasphème Dieu et Moïse son ministre, et qui condamne l'Ancien et le Nouveau Testament, prêche que nos sacrements sont sacrilèges, dit que tout ce que nous faisons dans nos églises pour la foi , la religion et le culte divin est inutile et ridicule. De telle sorte qu'on trouve dans ce pays plus de disciples de Manès que du Christ, plus de disciples de Simon le Magicien que de Simon-Pierre. Et il n'y a personne pour consoler l'Église; bien plus, ses chefs sont ses propres ennemis... Selon la tradition des anciens canons et selon qu'il est établi par le concile , un
« L'évêque d'Albi avoit cru voir dans un songe Guillaume de Berens, son parent, en face d'une fournaise où il cherchoit à se jeter en rampant. Éveillé il fu' appellé auprès de son parent malade ; l'évêque lui demanda ce qu'il décidoit pour lui-même , et s'il désiroit être inhumé au couvent de Gaillac , ou à Candeille , ou dans l'église d'Albi. — Berens répondit qu'un évêque n'avoit pas à s'inquiéter d'un tel soin , quand il avoit lui-même réfléchi à ce qu'il devoit faire. — Comme l'évêque persistoit , le moribond lui répliqua enfin qu'il vouloit être transporté chez les Bononiens , c'est-à-dire les hérétiques. — Le prélat s'écria que c'étoit impossible et qu'il ne pouvoit pas tolérer une telle chose. — Ne vous embarrassez pas de cela, ajouta Berens, si l'on m'empêche d'y aller autrement, j'irai en rampant sur les mains et sur les pieds. »
seul ne doit pas être investi de plusieurs dignités à la fois ; pour le gouvernement des paroisses, on ne doit établir que des hommes déjà dans les ordres sacrés , recommandables pour leur vie , leurs mœurs et leur savoir. Mais voici que Ton préfère les novices aux anciens , les ignorants aux hommes de mérite, ceux qui vivent sans règle à ceux qui suivent la perfection. On ne veut pas voir que le cumul des dignités est contraire aux canons et est un danger pour les âmes ; on les confère à des enfants illettrés, qui ne sont pas dans les ordres sacrés et qui n'ont pas de mœurs. Aussi les hérétiques insultent; les peuples et les rois blasphèment Dieu et méprisent l'Eglise, et les évêques sont la fable des laïques. C'est l'archevêque de Narbonne qui nous est signalé comme la cause de tous ces maux. Son Dieu, c'est l'argent; son cœur est avide de richesses. Depuis dix ans qu'il est archevêque, il n'a pas une seule fois visité sa province ni sa propre église. Ce qu'il a reçu gratis, il a rougi de le donner gratis ; il a exigé de l'évêque de Maguelone (1), pour sa consécration, lasomme de cinquante pièces. Bien plus , nous lui avions ordonné de réunir ses sufFragants pour s'entendre sur un subside à envoyer en Orient; mais lui, ne craignant ni Dieu ni le Siège Aposto-
(1) Guillaume II de Fleix.