DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IX. it
lique, a donné au clergé et au peuple le scandale de ne pas accomplir ou même de mépriser nos ordres » (1).
Innocent 111 ne se contenta pas d'écrire à ses légats ; il écrivit encore à l'archevêque lui-même, soit pour lui reprocher « d'avoir abusé des faveurs du Siège Apostolique », soit pour lui faire entendre qu'il ne devait pas demeurer constamment à l'abbaye de Mont- Aragon et «abandonner l'Eglise de Narbonne », soit pour lui enjoindre de « renoncer à l'abbaye et de se fixer auprès de son église de Narbonne » (2), dont la province était souillée de la tache de la méchanceté hérétique » (3). Dans l'état où étaient les esprits, cette conduite de l'archevêque de Narbonne ne pouvait produire que des effets désastreux. Non-seulement il donnait aux hérétiques un prétexte de décrier le clergé, mais encore il les laissait vivre, prêcher, se répandre en toute liberté ; et l'on vit alors plus que jamais que le pire des malheurs, pour un peuple chrétien, c'est davoir des pasteurs qui ne veillent pas.
L'évêque de Béziers, Guillaume IV de Roquesels, qui, d'abord abbé de Saint-Aphrodise, puis
(1) Epist., lib. III , epist. xxiv.
(2) Epist., lib. vi , epist. lxxxi.
(3) Epist., lib. vi, epist. ccxliii. Cf. Epist., lib. vu , epist. lxxv, lib. x, epist. xvm.
chanoine de Saint-Nazaire, avait été mis à la tête du diocèse en 1199, imitait par son indifférence et sa négligence la conduite du métropolitain (1). « Comme nous lavons appris par les lettres de nos chers fils Pierre de Castelnau et Radulphe, moines de Fonfroide, écrivait Innocent 111, à la fois à l'évêque d'Agde (2) et à l'abbé de Saint- Pons (3), lorsque ceux-ci, selon nos ordres, remplis du zèle de Dieu, armés du bouclier pour la foi du nom chrétien , travaillaient avec soin et ardeur à extirper les hérétiques de la province de Narbonne, l'évêque de Béziers, requis par eux, n'a pas voulu se joindre à eux pour aller parler de cette affaire au comte de Toulouse. Plus tard il fut prié de se joindre à eux pour aller demander aux consuls de Béziers d'abjurer l'hérésie et de défendre contre les hérétiques l'Église de Dieu. Mais non-seulement il n'a pas voulu entendre leurs avertissements, il a empêché encore cette démarche auprès des consuls de Béziers, alors qu'il y était tenu par les devoirs de sa charge. Et c'est ainsi qu'il s'est établi l'ennemi du Christ. Les
(1) Innoc. Epist., lib vi, ep ccxlii.
(2) Raymond II , de l'illustre et ancienne famille des Toparchi de Montpellier , qui fut évêque d'Agde de Tannée 1192 à l'année 1213.
(3) Hermengaud , abbé de Saint-Pons en 1184, en 4205 nommé évêque de Béziers.