DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE X
opposé à la vraie foi, vous le redresserez selon la règle ecclésiastique. Si, par hasard, on ne voulait pas obéir à vos avertissements et à vos ordres, sans autre appel vous procéderez contre eux selon la constitution déjà donnée contre les hérétiques, attentif devant Dieu à remplir nos ordres avec tout zèle et toute pureté. Car ce que vous aurez canoniquement statué, nous le ratifierons, et avec le secours de Dieu, nous le ferons inviolablement observer » (1).
L'archevêque et le chapelain Jean s'acquittèrent de leur mission selon le désir du pape : avec zèle et persévérance. Et c'est alors qu'il se produisit dans ce pays, bouleversé par l'hérésie, un de ces faits singuliers qui n'ont d'autre explication que la méchanceté infernale. L'hérésie, menacée par l'archevêque, prétendit que le pape avait écrit à Kulin des lettres par lesquelles il lui permettait de vivre selon sa règle de foi, c'est-à-dire dans l'esprit des habitants du pays, selon la règle de la foi cathare. On produisit même des copies de ces lettres prétendues , que l'on fit circuler partout. C'était le moyen d'affaiblir l'autorité de l'archevêque et du prêtre Jean, et en même temps de maintenir dans la foi dualiste les habitants crédules de ces pays. Mais la manœuvre ne réussit point. Le
(1) Epist., lib. v, epist. ex , cf. lib. m, epist. n.
mensonge est toujours court par quelque endroit ; l'histoire de l'erreur n'est guère que l'histoire de ses audaces infructueuses. Vulco, roi des Dalmates, fit connaître au pape l'état déplorable des esprits dans la Hongrie. Innocent III aussitôt, avec cette vigueur et cette promptitude de décision qui faisait le fond de son caractère, ordonna à Hemmerade de dépouiller son vassal. Celui -ci, dont la vigueur de la foi cathare était loin d'aller jusqu'au martyre, céda à la force : lui et les siens, ainsi que les moines répandus dans toute la Bosnie, j urèrent de rester fidèles à Rome ( 1 ) .
Vis-à-vis de l'Italie, Innocent III ne fit pas moins que pour la Hongrie. Ici comme là, sa première pensée fut de rendre toute la dignité de leur vie à ceux que Dieu avait appelés au service de ses autels, en leur rendant la sainteté de leur état, 11 écrivait à l'évêque de Padoue, quelques mois après son élection :
« Dans l'Église de Dieu, il y a plusieurs ordres établis ; et on exige davantage de ceux auxquels on donne davantage. Aussi, il convient que ceux qui, appelés à la part du Seigneur, sont audessus des laïques par leur dignité, leur soient d'autant supérieurs par leur vie, afin qu'il y ait une différence, non-seulement dans l'ordre, mais
(1) Lettre d'Hemmerade à Innocent III.