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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE X

encore dans les mœurs et la vertu. Une grande pureté de vie s'impose aux ministres des autels, puisque le prophète dit : « Soyez purs, vous qui portez les vases du Seigneur » (1). C'est pourquoi, par nos lettres apostoliques, nous vous mandons d'avertir vos prêtres de vivre en toute honnêteté » (2).

Le pape écrivait en même temps à l'abbé du Mont-Cassin, pour lui exprimer son étonnement que ce monastère, d'où la vertu monastique s'était répandue dans les autres maisons du bienheureux Benoît, eût décliné et eût abandonné son ancienne ferveur. 11 ajoutait qu'il y avait beaucoup de la faute de l'abbé, qui négligeait de corriger son troupeau et de le conduire selon la rigueur des règles de son fondateur. Il finissait en le suppliant de vivre de telle sorte qu'il ne pût jamais être un objet de scandale pour ses religieux ; d'être par son bon exemple la lampe ardente et luisante qui rendra aux moines leur première ferveur, la gravité et la sainteté de leur état (3) .

Il envoyait, en même temps qu'il écrivait, un légat dans toute l'Italie, pour étudier l'état des diocèses et des monastères, pour exciter le zèle de chacun , reprendre et encourager ; et tout cela,

(1) Isa., lu , 11.

(2) Epist., lib. I, epist. cccix.

(3) Epist., lib i , epist. cccxxxvi.

afin que l'Église, en présence de l'hérésie, ne put point mériter le reproche de l'Évangile : Medice, cura tei'psum. 11 est certain que de tout temps la grande préoccupation des évêques pour leurs diocèses, des abbéspour leurs monastères et des papes pour l'Église universelle, a été la sainteté du clergé ; c'est surtout dans les temps les plus malheureux, les plus traversés et les plus troublés, que l'Église a fait les plus grands efforts pour convier ses enfants à se presser autour de l'autel du Seigneur. L'Église a, en effet, une vie tout intérieure, à la différence de l'État, dont la vie est extérieure ; et si , pour celui-ci, la vertu, l'honnêteté, la dignité des mœurs sont la condition nécessaire de la prospérité, à plus forte raison, pour l'Église, dont le but unique est de former Jésus-Christ dans les âmes, Jésus-Christ, c'est-à-dire ce qu'il peut y avoir de plus élevé dans les pensées, de plus généreux dans les sentiments, de plus dévoué aux fortes et austères vertus : le renoncement, la pauvreté, la chasteté ; la condition première de la victoire de l'Église de Jésus-Christ dans la lutte qu'elle a à soutenir , c'est la pureté de vie de ses clercs, et les vertus de ses fidèles. 11 est certain que les Saints ont fait avancer la vie de l'Église plus que les Théologiens , quelque grands que soient les services de ces derniers. Et de même que Ton a fait des collections théologiques, com-

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posées des écrits dogmatiques des Pères , des décisions conciliaires et des ouvrages des théologiens, on pourrait faire aussi des collections ascétiques, qui comprendraient d abord les conseils évangéliques, les écrits mj^stiques des Pères, les innombrables appels qu'ils ont faits à la sainteté du clergé et des fidèles , les exhortations des fondateurs de la vie monastique, surtout les lettres écrites par les papes pour reprendre, encourager, exhorter; et je me persuade que cette seconde collection serait infiniment plus riche que la première , et que les lettres et les constitutions des papes y occuperaient la place d'honneur, c est-àdire la première place , la plus féconde et la plus glorieuse.

C'est la mission à laquelle Innocent III ne manqua pas. Quiconque parcourra seulement les quatre mille lettres qui nous restent de lui, sera étonné de sa sollicitude pour la sainteté de la vie des fidèles et des clercs en présence de l'hérésie. Et c'est quand il eut fait connaître ses désirs et ses volontés sur ce grave sujet que, reportant sa pensée sur les hérétiques eux-mêmes, il put écrire à l'archidiacre de l'Eglise de Milan, menacée par eux plus qu'aucune autre Église d'Italie : « Ce quia été statué pour favoriser le développement de la foi catholique et pour réprimer la méchanceté de l'hérésie, nous le confirmons volontiers de notre autorité et

le couvrons de notre faveur. Comme nous l'avons appris, notre cher fils G..., cardinal -diacre de Sainte-Marie au Portique, remplissant les fonctions de légat dans la Lombardie , par le conseil de nos vénérables frères l'archevêque de Milan et les évêques réunis à Vérone et d'autres hommes sages , décida que dans la Lombardie les hérétiques ne seraient nullement admis aux Conseils ni aux dignités , qu'ils n'auraient point le droit à l'élection , et qu'ils n'auraient point de voix pour désigner ceux qui devraient être élevés aux diverses dignités. Pour que cela pût être observé, il régla que dans la suite tous les membres des Conseils, les consuls et autres, revêtus du pouvoir, devraient donner la caution de leur serment; il vous accorda la libre faculté d'excommunier les contumaces et de frapper leurs terres de la sentence de l'interdit. Ce que le cardinal a établi après une mûre délibération nous le maintenons, et voulons que dans chaque ville où vous conduit votre mission, vous exigiez et receviez le serment, et nous vous donnons le pouvoir de frapper les contradicteurs de la sentence d'excommunication , et que vous interdisiez leurs terres... ». (1). Poursuivant « l'injure du Christ », il écrivait au clergé, aux consuls et au peuple de Viterbe, qu'il prenait

(1) Epist., lib. i, epist. ccxcvm.

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