DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE X
des mesures sévères contre tous ceux qui défendraient , recevraient , suivraient les hérétiques et auraient foi en eux (1).
Cest ici que M. Schmidt, dont nous avons souvent cité l'ouvrage, s'écrie, en faisant allusion à ces mesures prises par Innocent 111 contre les hérétiques : « Innocent 111 jeta ainsi les bases de cette législation exorbitante, dont l'exécution a fait commettre tant d'iniquités et causé tant de malheurs et de troubles. S'il est vrai que les dangers de son époque peuvent expliquer jusqu'à un certain point les rigueurs d'Innocent , ce serait méconnaître étrangement la nature toute spirituelle du ministère dans l'Église, si l'on voulait justifier les moyens par lesquels ce pape ambitieux et despotique a ordonné de combattre ceux qui errent en matière religieuse » (2). Mais demandons à M. Schmidt quelles sont ces iniquités, que l'exécution de la législation d'Innocent III a causées ? Qui les a commises? — Les hérétiques ? Mais est-ce la faute de sa législation? — Les hommes d'église? Mais où sont-elles? Et, y en eût-il, quelle conclusion veut-on en tirer? Les tribunaux humains, qui exercent le ministère de la justice, le plus saint après celui des âmes, ne commettentils pas quelquefois des iniquités en appliquant les
(4) Epist., lib. il , epist. i.
(2) Tome I, p. 451.
lois protectrices de la propriété, de la religion et de la famille'? Osera-t-on en rendre les législateurs responsables ? Ce n'est pas assez de dire que les dangers de l'époque peuvent expliquer jusqu'à un certain point les rigueurs d' Innocent : ils les justifient pleinement. Innocent ne les eût-il pas appliquées, qu'il ne les aurait que retardées : car l'idée catholique régnait alors sur le monde. Si l'autorité pontificale n'eût arrêté l'hérésie, il se fût produit ce que nous voyons de nos jours. Depuis bientôt cent ans, la révolution monte à l'assaut de l'Eglise ; qu'il eût été possible , dès son apparition , de mettre un frein à sa fureur, et bien des malheurs nous eussent été épargnés. Si donc Innocent eût retardé l'exécution de ses desseins, il ne les eût rendus que plus difficiles à réaliser , même impossibles ; et nous aurions aujourd'hui le droit de l'accuser d'avoir arrêté la marche de la civilisation , et nous serions redevables à ses fautes du dualisme monstrueux de Manès, qui troublerait notre esprit et tuerait notre cœur par son ascétisme, le plus spiritualiste en apparence, mais le plus charnel en réalité. On parle de la nature toute spirituelle du ministère ecclésiastique. Mais pourrait-on oublier qu'à l'époque où nous sommes le ministère ecclésiastique s'étendait aussi directement aux sociétés qu'aux âmes? La preuve la plus palpable en est